Théorie des exceptions à Monaco

Published On: 18 mars 2026|
Temps de lecture : 3 minutes

Le festival de la création musicale de la principauté explore la singularité du geste musical, des opéras de Vivaldi aux transcriptions de Paganini par Schumann et Liszt, en passant par Boulez, Ravel et Beethoven, avec le pianiste Jean-Frédéric Neuburger se démultipliant sur tous les fronts.

Le Printemps des Arts de Monte-Carlo explore cette année le geste instrumental comme vecteur d’utopie. Avec ce thème très ciblé, Bruno Mantovani, compositeur et directeur artistique du festival monégasque, a voulu créer des confrontations inédites entre différentes modes d’écriture, d’interprétation et d’approche de la création musicale.

Le clash Vivaldi

Vendredi 13 mars avait ainsi lieu au Musée océanographique « La grande battle », une confrontation entre le contre-ténor Jake Arditti et le ténor Emiliano Gonzalez Toro, ce dernier dirigeant aussi l’ensemble I Gemelli qui les accompagnait. Les deux chanteurs s’affrontaient sur des airs d’opéras de Vivaldi, extraits de Farnace, Tigrane, Il Giustino, L’incoronazione di Dario, Griselda, L’Olimpiade, Orlando furioso, le public devant les départager, sur le modèle des battles de hip-hop.

Cette joute baroque présentée par sa conceptrice et « arbitre », Mathilde Etienne, permet d’apprécier l’admirable présence vocale des deux interprètes qui investissent avec nuance et panache tout le spectre de la sensibilité lyrique du prêtre roux. En prime, en intermèdes contemporains joués par le hautboïste François Salès, une séduisante création pour hautbois moderne écrite par Michel Petrossian qui explore la mélodie et se confronte à une étonnante pièce pour hautbois virtuel conçue par Vincent Carinola.

En after, au Marius Monaco, tard dans la soirée, Bruno Mantovani se déchaîne au piano, accompagné d’Emiliano Gonzalez Toro au chant, de Vincent David au saxophone et d’une basse électrique, en revisitant avec fougue et improvisations différents standards du jazz.

Caprices des dieux

Samedi 14 mars au One, la transcription est à l’honneur dans un ambitieux et copieux programme, avec, en préambule, l’Étude n°5 pour la main gauche de Brahms, d’après la Chaconne de Bach, jouée avec vitalité par le pianiste Jean-Frédéric Neuburger.

Lui succède le violoniste Tedi Papavrami qui déploie avec netteté les Caprices pour violon seul nos 4, 5, 6, 9 et 24 de Paganini avant que Jean-Frédéric Neuburger n’interprète les Études d’après les Caprices de Paganini de Schumann, assez fidèles aux originaux, puis le pianiste ne se débride dans les explosives Grandes Études de Paganini de Liszt. Après une très incarnée Partita pour violon n° 2 de Bach par Papavrami, les deux musiciens jouent avec allant et couleur la luxuriante et folklorique Sonate pour violon et piano n° 3 d’Enescu.

Dimanche 15 mars, le matin, au sein de la Collection de voitures du Prince de Monaco, le violoncelliste Eric-Maria Couturier et le saxophoniste Vincent David proposent une déambulation musicale parmi des véhicules de collection. Entre modèles Belle époque et bolides de Formule 1, des pièces de Luca Francesconi, Alberto Posadas, Bertrand Chavarría-Aldrete, Edison Denisov et Vincent David explorent différentes possibilités d’écriture pour soliste ou duo dans une perspective de renouvellement de l’expressivité du matériau musical dans laquelle se distingue l’Espagnol Posadas.

Un chef-d’œuvre sinon rien

Last but not least, pour conclure ce week-end en apothéose, Jean-Frédéric Neuburger, sans doute doté de plusieurs cerveaux en un, revient en soliste au One pour s’attaquer à des monuments de la littérature pour piano de Beethoven, Ravel, Boulez, après avoir, trois jours auparavant, créé un concerto de Marc Monet et la veille joué du Liszt, Brahms, Schumann, Enescu.

Continuant à se lancer des défis, ce pianiste intrépide joue pour la première fois en récital l’ultime Sonate n° 32, op. 111, de Beethoven avec une vélocité cristalline, avant d’investir la Sonate n°2 de Boulez avec une énergie volcanique si maîtrisée qu’elle donne à ce sommet de l’avant-garde la force de l’évidence d’un classique. En conclusion, Gaspard de la nuit est l’occasion pour Jean-Frédéric Neuburger, à travers Ravel, d’associer le lyrisme de Beethoven au vitalisme de Boulez, dans un déchaînement organique dont il dirige les flux avec une intensité de tous les instants.

Printemps des arts de Monte-Carlo, Monaco, les 13, 14 et 15 mars.

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