À l’Opéra de Lille, La Chauve-Souris de Johann Strauss fils se présente dans une mise en scène inédite signée Laurent Pelly, brillamment habitée par une distribution d’une grande justesse et une direction musicale énergique. 

La Chauve Souris ©Simon Gosselin

Crédit photo : Simon Gosselin

Metteur en scène habitué à créer des mondes imaginaires très caractérisés, alternant poésie et dérision, maniant autant le burlesque que le merveilleux, Laurent Pelly investit La Chauve-Souris en la faisant chanter en français, revenant au Réveillon, pièce de Meilhac et Halévy que Strauss adapta en opérette. Moshe Leiser et Patrice Caurier signent l’adaptation des chants, Agathe Melinand le livret et les dialogues, ce qui transforme la satire viennoise en farce pastichant Offenbach sans atteindre sa causticité tranchante. Cet entre-deux étrange, entre bagatelle à la française et irréalité fantaisiste, plonge La Chauve-Souris dans une atmosphère flottante, celle d’un rêve ironique, où les murs et plafonds rosâtres du salon du premier acte lévitent, quand le palais d’Orlofsky est crayonné de graffitis.

Dans cette apesanteur fellinienne, Guillaume Andrieux campe un Gaillardin tout à la fois gaillard et dindon de la farce, quand Camille Schnoor en sa femme Caroline déploie sa ligne de chant de grand soprano tout en se fondant avec conviction dans la verve comique recherchée par Pelly. Impeccable dans les personnages plus grands que nature, Franck Leguérinel ne déçoit pas en Tourillon, directeur de prison jobard, tout comme Eddy Letexier en geôlier comique. Marie-Eve Munger campe une très convaincante Adèle, soubrette bécassine et madrée projetant des vocalises à tout va, quand sa sœur Ida est incarnée avec densité par Claire Antoine. Christophe Gay en Duparquet retors, Héloïse Mas et sa voix de mezzo-soprano colorée en prince Orlofsky ingénu et capricieux, Julien Dran en ardent amant de Caroline, Raphaël Brémard en Bidard avocat dépassé par les événements, complètent avec brio cette distribution cocardière à dessein.

Johanna Malangré dirige avec beaucoup d’allant l’Orchestre de Picardie et les Chœurs de l’Opéra de Lille, cinglant dans la vélocité la musique de Strauss fils, tandis que Laurent Pelly dilate cette étrange féérie en dehors du temps, entre montres molles à la Dali et déconstruction appuyée de la truculence Second Empire.

La Chauve-Souris de Strauss. Opéra de Lille. Le 4 mai.