Bastien David, le sens du combat
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Jeune compositeur très sollicité, Bastien David présente ses nouvelles œuvres et défend ses engagements.

Crédit photo : Nikita Teryoshin
Comment est né Je suis Orage qui sera prochainement créé aux Bouffes du Nord ?
Cette œuvre, qui réunit l’Ensemble Intercontemporain et trois pianistes lauréats du Concours international de piano d’Orléans, profite de réflexions contrastées suscitées par Bec et ongle – suspended.
L’ajout d’électronique à ce solo pour violon cherchait à amplifier l’énergie des sublimes chants des oiseaux indociles qui animait déjà la version initiale, créée par Renaud Capuçon à Aix en Provence en 2011. J’avais ainsi placé des haut-parleurs dans des violons suspendus pour diffuser le son de l’interprète. Ces objets industriels de sonorisation, reliés par des dizaines de mètres de câbles, sont selon moi l’image d’une technologie dévoyée au service d’une mondialisation capitaliste n’offrant qu’une magie factice à travers cette virtuosité technique. Gadget et futilité.
Est-ce à dire que l’apport de la technologie reste contestable ?
J’en ai reconnu la possible fascination en composant cette pièce pour l’Ircam, mais elle produit en fait une artificialisation du vivant qui participe à sa perte. Toute cette énergie et cet argent investis dans des machines remplaçant l’humain, avec le transhumanisme pour futur, pose question. L’alliage d’acoustique et d’électronique, cette musique que l’on nomme aujourd’hui « augmentée », débouche en réalité sur une diminution de la présence humaine par la simple présence du haut-parleur. A-t-on réellement envie d’aller dans cette direction ? Il est facile de constater aujourd’hui que les machines sont partout, contrairement à l’humain qui se fait plus rare dans les espaces de représentation. Je suis Orage exprime cette situation de conflit intérieur face à l’acceptation d’une situation inacceptable. Cette pièce est une fracture. L’expression d’un non qui tonne et qui permet un ailleurs. L’orage nécessaire pour faire revenir la pluie, la fertilité. C’est aussi un prélude à une soirée qui aura lieu à l’automne 2026 à la Cité de la musique.
Vous vous interrogez sur l’Ircam, institution pourtant pérenne imaginée par Pierre Boulez ?
Dans un entretien, Pierre Boulez confie que la complexité poussée à son paroxysme mène à l’aléatoire. Je trouve cette conclusion sublime, d’une humilité sans limites, quand on sait qu’il a passé toute sa vie à explorer cette complexité. Alors qui sait, dans le contexte actuel, ce que serait la position de Pierre Boulez sur la technologie, ses moyens et sa finalité.
Vous présentez en ce moment aussi une installation à la Biennale de Lyon d’art contemporain. En quoi consiste-t-elle ?
J’ai inventé des instruments réalisés en partie à partir de matière recyclée et réemployée. Plusieurs fois par jour, cette nouvelle pièce invite quarante personnes du public à venir jouer et faire des mélodies sur ces nouveaux instruments, notamment celui fait de neuf cents bouteilles de verre. J’ai voulu dans ce projet placer l’humain au cœur de la pièce pour mettre en lumière la beauté d’une réalité non augmentée




