Glorieux automne

Published On: 26 mars 2026|
Temps de lecture : 3 minutes

Après un précieux coffret consacré aux enregistrements monophoniques d’Adrian Boult, Warner Classics publie le legs stéréophonique du grand maître anglais où s’accumulent les trésors.

Boult en stéréo, pendant et après la période His Master’s Voice, étendra son glorieux automne discographique sous d’autres labels – Symphonie de Franck et autres pages orchestrales pour le Reader’s Digest, les deux dernières symphonies de Tchaïkovski pour MHR, un grand legs de répertoire anglais pour Lyrita (y compris une nouvelle version des symphonies d’Elgar, des pages d’Ireland, de Bax, de Holst, de Moeran, etc.) – mais Warner Classics assemble ici plus que les HMV bien connus et indispensables : la grande saga Elgar, celle consacrée à Vaughan Williams, les Holst, l’ultime microsillon consacré au répertoire anglais étant pour Parry, le cycle Brahms de si haute volée et pourtant toujours tenu à la marge, qui ajoute aux symphonies les Variations Haydn, l’Ouverture tragique, une lecture chaleureuse des sérénades, une Rhapsodie pour alto où Janet Baker bouleverse, les quatre microsillons des pages orchestrales de Wagner en constituent autant de saillants qui ne doivent pas faire négliger la part russe : écoutez seulement le Capriccio espagnol de Rimski-Korsakov.

Des Schumann à redécouvrir

Pourtant, Adrian Boult (1889-1983) commença en stéréo pour des labels plus marginaux. Si Pye ne lui offrit pas les deux canaux pour ses splendides Sibelius, elle saisira ses orageux Sea Interludes de Peter Grimes de Britten, où la tension de la scène relève celle des panoramiques, des ouvertures de Berlioz au cordeau et un brin sèches, une Première Symphonie de Walton historique, d’une sourde violence, Westminster reprenant aux États-Unis les quatre symphonies de Schumann où il savoure avec ses Londoniens contraints de prendre un nom d’emprunt, la singularité des orchestrations originales sans rien en masquer.

De Mozart à Prokofiev, de grisants concertos

Deux albums de concertos où il accompagne avec brio Shura Cherkassky sont de vraies perles un peu oubliées, Premier de Tchaïkovski sans emphase mais avec tant de vitalité, Scherzo de Litolff pour s’amuser sans en avoir l’air, admirable couplage Schumann et Grieg, des disques pour l’éternité qui risquaient l’oubli. Les curieux iront aussi au Concerto pour piano n° 1 de Prokofiev selon Mindru Katz, plus inspiré que pour le Concerto de Khatchaturian, au Tchaïkovski ardent d’Hyman Bress, violoniste trop méconnu – qui nous rendra ses Supraphon ?

Chez EMI, côté concertos l’accord sera parfait pour les Mozart d’Annie Fischer, pour ceux d’André Previn (tendre Concerto pour piano n° 17, une merveille), pour le Concerto pour violon de Beethoven, magistral sous l’archet de Josef Suk, pour un superbe Concerto pour violon de Tchaïkovski où Menuhin rayonne avant d’émouvoir en découvrant le rossignol caché dans la Sérénade mélancolique, cette perle de poésie. Mais découvrez d’abord le Concerto pour piano n° 2 de Brahms avec Louis (Lajos) Kentner…

Nombreuses perles

Des perles ? Le Concerto pour cordes d’Howells, le Concerto pour violon d’Elgar avec Yehudi Menuhin – la pochette du microsillon affichait les photographies d’un Menuhin en culottes courtes avec Elgar, et celle du violoniste fait homme avec Boult, elle est reproduite ici – mais je lui préfère encore l’enregistrement plus tardif avec Ida Haendel, la Symphonie n° 9 de Schubert, une de ses obsessions discographiques, la « Pastorale » de Beethoven, la « Jupiter » de Mozart, l’ouverture de Rouslan et Ludmila de Glinka, l’Ouverture cubaine de Gershwin (si si !), l’accompagnement des Lieder eines fahrenden Gesellen de Mahler pour Christa Ludwig, et celui des Wesendonck-Lieder de Wagner pour Janet Baker comme pour quatre lieder de Richard Strauss, et puis laissez-vous ensorceler par les Suites de Casse-noisette et de La Belle au bois dormant où il fait des infidélités à son Orchestre philharmonique de Londres en s’amusant avec leurs collègues du Royal Philharmonic, l’orchestre de feu Beecham : ce brio, cet humour ! On croirait Sir Thomas revenu des ombres.

(article initialement paru sur www.artamag.fr)

Informations pratiques

  • Titre : Sir Adrian Boult – The Warner Classics Edition – The Stereo Recordings 1956-1978
  • Œuvres : de Bach, Beethoven, Berlioz, Brahms, Britten, Elgar, Mozart, Rimski-Korsakov, Schumann, Strauss, Tchaïkovski, Vaughan Williams, Wagner…
  • Interprètes : Victoria de Los Ángeles (soprano), Janet Baker, Christa Ludwig (mezzo-soprano), Shura Cherkassky, Mindru Katz, Annie Fischer, André Previn, Louis Kentner (piano), Hyman Bress, Josef Suk, Yehudi Menuhin (violon), Orchestre symphonique de Londres, Orchestre philharmonique de Londres, Orchestre Philharmonia, Orchestre New Philharmonia…
  • Label : Warner Classics 5021732585042 (79 CD)
  • Dates d’enregistrement : 1956-1978
  • Durée : N.C.

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