Gabriel Pidoux et une Routine qui ne manque pas de souffle

Par |  

Published On: 17 juillet 2026|
Temps de lecture : 3 minutes

Le jeune Gabriel Pidoux confirme sa place parmi les grands hautboïstes de sa génération et signe un hommage inspiré au répertoire français. Entouré du pianiste Jorge González Buajasán et de la bassoniste Marie Boichard, il explore avec gourmandise et subtilité des pages de Saint-Saëns, Poulenc, Dutilleux et Clémence de Grandval.

Il y a cinq ans, Alpha Classics offrait à Gabriel Pidoux ses débuts en tant que tête d’affiche dans un programme chambriste (Romance, avec déjà la complicité du pianiste Jorge González Buajasán) avant de l’inclure dans son cycle des Next Generation Mozart Soloists. J’avais d’ailleurs eu le plaisir de saluer dans les colonnes de Classica (n° 259, février 2024) la prestation du jeune virtuose dans le Concerto en ut majeur d’Amadeus.

Le titre de ce nouveau disque est trompeur car le terme « routine », loin d’évoquer de fastidieux exercices, renvoie en fait au processus bien connu des illusionnistes qui consiste en un enchaînement d’effets destiné à créer un tour de magie réussi. Plusieurs partitions réunies ici sont en effet des jalons pour tout hautboïste ; elles représentent des incontournables de la musique française et permettent de créer un point de repère dans l’évolution du parcours musical de l’interprète.

Un programme entre classiques et raretés

Les crépusculaires sonates pour hautbois et piano de Camille Saint-Saëns (1921) et de Francis Poulenc (« dédiée à Serge Prokofiev » en 1962) côtoient celle d’Henri Dutilleux (1947), ouvrage de commande décrié par son auteur lui-même mais qu’on nous permettra de trouver attachant malgré tout. Le modeste complément que représente la transcription pour hautbois du « Cygne » (seule pièce du Carnaval des animaux dont Saint-Saëns autorisa l’exécution de son vivant) offre l’occasion de savourer le phrasé élégant du soliste.

En revanche, le Trio pour hautbois, basson et piano de Poulenc (1926) est un pur bijou de fantaisie et d’imagination encore trop méconnu. Moins, en tout cas, que celui de Clémence de Grandval (1828-1907). Élève de Saint-Saëns qui la tenait en haute estime, cette compositrice, qui s’est illustrée surtout dans le domaine de la musique sacrée et de l’opéra, était également pianiste et cantatrice. Si le hautbois est présent dans son catalogue instrumental avec un concerto et diverses pièces de chambre, le court Trio de salon (8 minutes) écrit en 1847 dégage un charme réel mais assez volatil. Dans ces deux partitions, le basson de Marie Boichard offre un appoint fiable et délectable.

Maîtrise et sensualité

Impeccablement accompagné par son pianiste, Pidoux développe, dans un souffle inépuisable, un son charnu aux inflexions mordantes avec une remarquable maîtrise des nuances dynamiques. En combinant sensualité, faconde et intensité, le tandem franco-cubain dissipe toute trace d’académisme dans la Sonate en ré majeur de Saint-Saëns. Il fait saillir les angles et hante les ténèbres de celle de Dutilleux, pas seulement dans sa partie centrale, seul mouvement de l’ouvrage que son auteur déclarait digne d’intérêt.

Enfin, il impose dans Poulenc une conception plus charpentée et décidée que suave ou élégiaque. Alternant verve et gravité, rondeur et angulosité, pénombre et lumière crue, il transfigure un chef-d’œuvre dont la peinture mélancolique a rarement été appliquée avec autant de matière sur la toile. Et quelle prise de son franche et claire, au relief et au réalisme impressionnants !

Gabriel Pidoux parmi les grands hautboïstes

Au sein d’une concurrence féroce où figurent la plupart des grands hautboïstes, ce fils et petit-fils de violoncellistes qui a lui-même étudié le violon avant d’adopter l’instrument à anche supporte la comparaison avec tous ses pairs. Gabriel Pidoux semble avoir posé ses bagages chez Oktav Records dont chaque publication constitue un régal pour le discophile (écoutez, par exemple, la formidable intégrale des Mörike-Lieder de Wolf par Christian Immler et Anne le Bozec).

Cette Routine est donc l’occasion d’acclamer à la fois le jeune label normand fondé par Samuel Hengebaert et Ronan Khalil et celui qui, à peine trentenaire, s’affirme déjà comme le successeur de Marcel Tabuteau, Pierre Pierlot, Maurice Bourgue ou François Leleux au firmament du hautbois français.

Informations pratiques

  • Compositeurs : Dutilleux, Grandval, Poulenc et Saint-Saëns
  • Titre : Routine
  • Interprètes : Gabriel Pidoux (hautbois), Jorge González Buajasán (piano), Marie Boichard (basson)
  • Label : Oktav Records OKT015 (1 CD)
  • Date d’enregistrement : 2025
  • Durée : 1 h 03 mn

Inscrivez-vous à notre newsletter

Vous avez apprecié cet article ?

Chaque vendredi à 13h, recevez une sélection exigeante d’analyses et de recommandations autour de la musique classique.

Partagez cet article, choisissez votre plateforme!

Articles similaires