Bach à Potsdam, une Offrande musicale en famille
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Sophie Gent, Frank Theuns et Bertrand Cuiller réunissent des extraits de L’Offrande musicale et des œuvres de Wilhelm Friedemann et Carl Philipp Emanuel Bach pour évoquer le voyage de Johann Sebastian Bach à Potsdam et Berlin en 1747. Leur lecture chambriste, raffinée et colorée, transforme cette « offrande » en véritable portrait de famille.
L’article indéfini a son importance. Il s’agit de A Musical Offering et non de The Musical Offering. En d’autres termes, les trois musiciens ne proposent pas un enregistrement complet de L’Offrande musicale de Johann Sebastian Bach mais, comme le révèle le sous-titre dans le livret, invitent à reconstituer : 1747 – Le voyage de Bach à Potsdam.
Figurent bien évidemment des extraits de L’Offrande musicale qui doit son origine à cette visite à Potsdam d’un Bach de 62 ans, invité par le roi de Prusse, Frédéric II, flûtiste amateur, au service duquel officiait son fils Carl Philipp Emanuel. Le fameux « thème royal », que le roi aurait soumis au compositeur pour éprouver son génie, générateur des différentes sections de cette œuvre hétérogène (des ricercares, une sonate en trio, des canons), la Sonate en trio et le Canon perpétuel figurent ainsi au programme. Mais ils sont rejoints par des œuvres contemporaines de Wilhelm Friedemann, qui accompagna son père, et Carl Philipp qui les accueillit.
De L’Offrande musicale au voyage de 1747
« Avec cet enregistrement, nous avons voulu mettre en lumière le caractère familial et les conséquences musicales de la visite de Bach à Potsdam et à Berlin en 1747 », explique Frank Theuns dans un texte de présentation très développé. L’écho de ladite visite commence alors par le « thème royal » énoncé à la flûte seule et s’achève par le Canon perpétuel sur ce thème. Les différentes étapes chez le père et les fils mettront en lumière des différences comme certaines similitudes.
Il est cependant, par exemple, impossible d’imaginer Johann Sebastian auteur de la Sonate pour flûte traversière, violon et basse, Wq 143 : comme le souligne Frank Theuns, son Adagio se montre typique de cette nouvelle esthétique, de cette Empfinsamkeit (sensibilité), qui laisse le violon et la flûte oser la confidence.
Une lecture chambriste d’un raffinement supérieur
Ce mouvement se montre d’ailleurs révélateur de la qualité des échanges entre les deux instruments qui s’éloignent pour mieux se retrouver dans une communauté de style faite d’élégance, de sobre expressivité, de grâce et de couleur toujours finement dosée. Il est vrai que les talents de Sophie Gent et Frank Theuns ne sont plus à rappeler : la première, pour la justesse de son archet, la plénitude de sa sonorité (le Trio Wq 72), le second, pour ses phrasés à la musicalité souveraine, si naturellement éloquents.
Inutile, en revanche, de s’appesantir sur le jeu délié comme une ligne de chant, souple et si finement dynamique de Bertrand Cuiller : l’écoute du Ricercar à 3 voix, extrait de L’Offrande musicale, vaut tous les discours. La lisibilité des plans et la sûreté de la conduite restent exemptes de la moindre crispation, de la moindre dureté.
Une prise de son à l’écoute des artistes et des instruments
Réunis dans la Sonate en trio de L’Offrande musicale, les trois complices, qui ont choisi de se passer de basse d’archet, en offrent une lecture où le raffinement le dispute à la détermination (Largo et Andante), où la mobilité n’a rien de mécanique (les deux Allegro).
Ce rendez-vous familial dispose en outre d’un séjour particulièrement favorable, conçu par la prise de son de Rainer Arndt. Le fondateur du label Ramée a su trouver l’équilibre entre une acoustique d’église et la sonorité riche de chacun des trois instruments : la copie d’une flûte de Carlo Palanca de 1750, un violon de Jacob Stainer de 1676 et un clavecin de Philippe Humeau d’après un instrument de Johann Heinrich Gräbner de 1722.
Il est bien sûr difficile de placer cet enregistrement dans la discographie, en regard des versions intégrales de L’Offrande musicale signées par Gustav Leonhardt et les frères Kuijken (Sony Classical, 1974), Reinhard Goebel et Musica Antiqua Köln (Archiv Produktion, 1979), Davitt Moroney et ses partenaires (Harmonia Mundi, 1987) ou Jordi Savall et Le Concert des Nations (Alia Vox, 1999). Cette version incomplète suscite, cela dit, un rare sentiment de complétude. Cette Musical Offering est un véritable cadeau.
Informations pratiques
- Compositeur : Johann Sebastian Bach (1685-1750)
- Titre : A Musical Offering
- Œuvres : Ricercar à 3 voix, Canon perpétuel et Sonate en trio, BWV 1079 (extraits de L’Offrande musicale) ; Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784) : Allegro, extrait du Trio pour deux flûtes et clavecin, Fk 49 ; Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonate pour flûte traversière, violon et basse, Wq 143, et Trio avec clavecin obligé et violon, Wq 72.
- Interprètes : Sophie Gent (violon), Frank Theuns (flûte traversière), Bertrand Cuiller (clavecin)
- Label : Ramée RAM 2508 (1 CD)
- Date d’enregistrement : 2025
- Durée : 1 h 07 min
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