L’Orchestre de l’Opéra national de Paris en 10 enregistrements hors de la fosse
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Bien sûr, il n’est pas question d’oublier les grandes réalisations lyriques qu’a laissées l’Orchestre de l’Opéra national de Paris. Carmen de Bizet avec Callas et Prêtre (Warner Classics, 1964), Roméo et Juliette de Gounod avec Corelli, Freni et Lombard (Warner Classics, 1968), Faust de Gounod avec Domingo, Freni, Ghiaurov et Prêtre (Warner Classics, 1978), Lulu de Berg avec Stratas et Boulez (Deutsche Grammophon, 1979), Saint François d’Assise de Messiaen avec Van Dam et Ozawa (Cybelia, 1983), Samson et Dalila de Saint-Saëns avec Domingo, Meier et Chung (Warner Classics, 1991), Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch avec Ewing et Chung (Deutsche Grammophon, 1992) ou Le Rossignol de Stravinsky avec Dessay et Conlon (Warner Classics, 1992) font partie des classiques.
Mais l’orchestre a également quitté à de nombreuses reprises l’opéra pour le ballet, la symphonie ou la musique purement orchestrale. Alors que les musiciens de l’Opéra national de Paris viennent de fonder Philopéra pour interpréter ce répertoire non lyrique (lire entretien d’Étienne Tavitian), Classica vous propose une sélection de dix titres qui permettent de retrouver cet ensemble hors de la fosse.
Pour chacun de ces enregistrements, présentés par ordre chronologique, nous avons conservé le nom de l’orchestre tel qu’il apparaît sur la pochette du disque.
1. Maurice Ravel (1875-1937)
Alborada del gracioso
Vingt ans après la mort de son maître, il entreprit d’enregistrer une vaste anthologie orchestrale. Unique élève de Ravel, d’abord aspirant compositeur puis chef d’orchestre reconnu, Manuel Rosenthal (1904-2003) offre des interprétations aussi flamboyantes que sensibles. L’orchestre y fait entendre des timbres encore spécifiques, notamment parmi les bois, un peu acidulés, et les cuivres, au vibrato généreux.
- Version recommandée : Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Manuel Rosenthal (Véga, 1957-1959)
2. Florent Schmitt (1870-1958)
La Tragédie de Salomé : « Les enchantements sur la mer »
D’abord timbalier, Pierre Dervaux (1917-1992) devient chef permanent à l’Opéra de Paris de 1956 à 1972 et assure la création française de Dialogues des carmélites de Poulenc. Son style clair et raffiné en fait un interprète privilégié du répertoire français. Dans cette suite extraite du « drame muet » (dansé) La Tragédie de Salomé (1907), enregistrée en présence du compositeur, l’orchestre scintille et fait valoir des couleurs franches.
- Version recommandée : Orchestre du Théâtre national de l’Opéra, dir. Pierre Dervaux (Warner Classics, 1957)
3. Richard Wagner (1813-1883)
Le Vaisseau fantôme : Ouverture
Autre spécialiste du répertoire français, André Cluytens (1905-1967), chef belge naturalisé français, entretenait d’étroits rapports avec les orchestres parisiens. Également apprécié dans la musique allemande (il dirigera à Berlin et Vienne), il en accepte la densité sans jamais la charger d’intentions. L’orchestre participe, dans cette ouverture du Vaisseau fantôme, à l’intensité dramatique sans jamais opacifier le son.
- Version recommandée : Orchestre du Théâtre national de l’Opéra de Paris, dir. André Cluytens (Warner Classics, 1959)
4. Aram Khatchaturian (1903-1978)
Concerto pour piano et orchestre : 2. Andante con anima
L’Orchestre du Théâtre national de l’Opéra de Paris s’éloigne un peu de son répertoire central sans pourtant s’égarer : les orchestres français étaient déjà familiers de la musique « russe » en ces années 1950. Chef qui aimait naviguer entre les siècles et défendait la musique de son temps, Charles Bruck (1911-1995) dirige sans la moindre complaisance ce concerto qui peut facilement sombrer dans un exotisme frelaté.
- Version recommandée : Alex de Vries (piano), Orchestre du Théâtre national de l’Opéra de Paris, dir. Charles Bruck (Adès, 1957)
5. Georges Auric (1899-1983)
La Grande Vadrouille : « Rendez-vous au théâtre Guignol »
Nous ne possédons malheureusement pas d’enregistrements du très distingué chef Stanislas Lefort, qui ne ménageait pas sa peine pour obtenir le meilleur de l’Orchestre national de l’Opéra, notamment dans la musique de Berlioz, à coups de « De l’orgueil, bon sang ! » ou de « C’était pas mauvais, c’était très mauvais ». C’est donc Jacques Météhen (1903-1986), musicien complet, actif dans l’opérette comme la chanson, qui fait briller l’orchestre du palais Garnier dans le film de Gérard Oury.
- Version recommandée : Orchestre national de l’Opéra, dir. Jacques Météhen (Riviera, 1966)
6. Léo Delibes (1836-1891)
Coppélia, ou la Fille aux yeux d’émail : Prélude
Un orchestre d’opéra participe aux représentations mais aussi aux ballets. Aussi l’Orchestre du Théâtre national de l’Opéra de Paris a-t-il laissé plusieurs enregistrements des grands titres du répertoire chorégraphique. La musique française y est bien représentée, que ce soit ce célèbre Coppélia ou le plus rare Cydalise et le Chèvre-pied de Gabriel Pierné, sous la direction de Jean-Baptiste Mari (1912-1991), entré dans l’orchestre comme tubiste. On apprécie la souplesse et l’énergie rythmique de l’ensemble.
- Version recommandée : Orchestre du Théâtre national de l’Opéra de Paris, dir. Jean-Baptiste Mari (Warner Classics, 1977)
7. Olivier Messiaen (1909-1992)
Turangalîla-Symphonie : Introduction. Modéré. Un peu vif.
Nommé en 1989 directeur musical d’un Opéra de Paris qui venait de se doter d’une nouvelle salle, le chef coréen Myung-whun Chung réalisera plusieurs enregistrements remarquables de la musique de Messiaen (Concert à quatre, Un sourire, Éclairs sur l’au-delà…) en présence du compositeur. Pour l’occasion, la formation apparaissait sous l’appellation fantaisiste d’Orchestre de l’Opéra Bastille.
- Version recommandée : Yvonne Loriod (piano), Jeanne Loriod (ondes Martenot), Orchestre de l’Opéra Bastille, dir. Myung-whun Chung (Deutsche Grammophon, 1990)
8. Henri Dutilleux (1916-2013)
Métaboles : « Flamboyant »
Contemporain de Messiaen et autre immense compositeur français du XXe siècle, Dutilleux profite d’une interprétation convaincue de ses fameuses Métaboles (1965) qui lui valurent une reconnaissance internationale. Dans le cinquième et dernier mouvement, l’orchestre fait montre d’une impressionnante virtuosité et affiche une sonorité désormais bien différente, plus ronde et plus chaleureuse, que celle des années 1950.
- Version recommandée : Orchestre de l’Opéra Bastille, dir. Myung-whun Chung (Deutsche Grammophon, 1993)
9. Claude Debussy (1862-1918)
Prélude à l’Après-midi d’un faune
Dans cette pièce maîtresse de la musique française orchestrale, l’Orchestre de l’Opéra national de Paris déploie un large éventail de couleurs et de nuances. Chef à la direction particulièrement souple et suggestive, directeur musical de l’opéra de 2009 à 2021, Philippe Jordan galbe amoureusement le moindre phrasé pour rendre perceptible la volupté de cette musique inouïe, inspirée par un long poème de Mallarmé.
- Version recommandée : Frédéric Chatoux (flûte), Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Philippe Jordan (Naive, 2012)
10. Sergueï Prokofiev (1891-1953)
Symphonie n° 1, « Classique » : 4. Finale. Molto vivace
Dans cette symphonie où Prokofiev rend hommage à l’art classique, l’orchestre se montre aussi malicieux que virtuose. Les sons voltigent avec aisance, les lignes chantent et dansent, les couleurs irisent la moindre note. Rien ne pèse ni pose.
- Version recommandée : Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Philippe Jordan (Erato, 2016)
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