Découvrir Olivier Messiaen : la playlist idéale
Par |
Compositeur mystique, passionné d’ornithologie et explorateur infatigable des couleurs sonores, Olivier Messiaen a profondément renouvelé la musique du XXe siècle. Du souffle spirituel de L’Ascension au testament orchestral d’Éclairs sur l’Au-Delà..., voici dix œuvres incontournables — accompagnées de nos versions de référence — pour découvrir l’un des créateurs les plus fascinants de son époque.
1. L’Ascension (1932-1933)
I. « Majesté du Christ demandant sa gloire à son Père »
L’une des premières grandes œuvres orchestrales de Messiaen, L’Ascension révèle déjà les fondements de son univers : une foi profondément vécue, un goût pour les harmonies lumineuses et un temps musical qui semble suspendu. Le premier mouvement, d’une lenteur majestueuse, déploie de vastes accords où le compositeur associe le mi majeur à l’amour divin et à la gloire du Christ. Dès l’année suivante, il en réalisera lui-même une célèbre transcription pour orgue.
- Version recommandée : Orchestre de la Tonhalle de Zurich, dir. Paavo Järvi / Alpha Classics (2019)
2. Quatuor pour la fin du Temps (1940-1941)
VI. « Danse de la fureur, pour les sept trompettes »
En janvier 1941, dans le Stalag VIII-A où il est prisonnier de guerre, Messiaen crée cette œuvre devant plusieurs centaines de captifs. Écrite pour les seuls instruments disponibles dans le camp, elle est devenue l’un des chefs-d’œuvre du XXe siècle. Après la « Louange à l’Éternité de Jésus » qui confie au violoncelle une longue méditation soutenue par les accords immobiles du piano, ce mouvement offre un saisissant contraste par son énergie farouche et ses unissons puissants.
- Version recommandée : Martin Fröst (clarinette), Janine Jansen (violon), Torleif Thedéen (violoncelle), Lucas Debargue (piano) / Sony Classical (2017)
3. Visions de l’Amen (1943)
I. « Amen de la création »
Écrite pour deux pianos peu après sa rencontre avec Yvonne Loriod, cette partition marque le début d’une collaboration artistique et amoureuse qui transformera la vie du compositeur. Le premier mouvement fait naître, à partir de quelques accords monumentaux, une fresque sonore évoquant la création du monde, où les deux pianos prennent une ampleur presque orchestrale.
- Version recommandée : Steven Osborne et Martin Roscoe (pianos) / Hyperion (2003)
4. Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus (1944)
X. « Regard de l’Esprit de joie »
Immense sommet du répertoire pianistique, ce cycle de plus de deux heures fut composé pour Yvonne Loriod, dont la virtuosité hors norme permit à Messiaen de repousser les limites de l’instrument. Ce dixième regard éclate comme une danse de feu où rythmes, accords et chants d’oiseaux s’entremêlent dans une joie presque extatique.
- Version recommandée : Jean-Rodolphe Kars (piano) / Piano Classics (1976)
5. Turangalîla-Symphonie (1946-1948)
X. « Final »
Avec ses dix mouvements, son piano soliste et les mystérieuses ondes Martenot, cette immense symphonie célèbre l’amour, la joie et l’élan vital. Véritable feu d’artifice orchestral, ce dixième mouvement concentre toute l’énergie de l’œuvre dans une explosion de rythmes, de couleurs et de sonorités inédites.
- Version recommandée : Yvonne Loriod (piano), Jeanne Loriod (ondes Martenot), Orchestre de l’Opéra de Paris, dir. Myung-Whun Chung / Deutsche Grammophon (1990)
6. Oiseaux exotiques (1955-1956)
Messiaen considérait les oiseaux comme « les plus grands musiciens de notre planète ». Cette œuvre en apporte une éclatante démonstration. Inspirée par des espèces venues d’Amérique, d’Inde ou de Chine, elle associe piano, vents et percussions dans un kaléidoscope sonore où chaque chant devient un motif musical d’une incroyable vitalité.
- Version recommandée : Yvonne Loriod (piano), Ensemble Intercontemporain, dir. Pierre Boulez / Montaigne (1988)
7. Catalogue d’oiseaux (1956-1958)
XIII. « Le Courlis cendré »
Plus qu’une simple transcription de chants d’oiseaux, ce cycle monumental recrée les paysages, les lumières et les heures du jour. Dans cette ultime pièce, Messiaen évoque les falaises sauvages d’Ouessant où résonnent les appels mélancoliques du courlis, mêlés au vent et au fracas de l’océan.
- Version recommandée : Roger Muraro (piano) / Accord (2000)
8. Des Canyons aux étoiles… (1971-1974)
VI. « Appel interstellaire »
Après un voyage dans les paysages grandioses de l’Utah, Messiaen compose cette vaste fresque où nature et spiritualité se rejoignent. Écrit pour cor solo, « Appel interstellaire » résonne comme une immense invocation lancée vers les étoiles, dans un silence presque cosmique.
- Version recommandée : Roger Muraro (piano), Jean-Jacques Justafré (cor), Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Myung-Whun Chung / Deutsche Grammophon (2001)
9. Saint François d’Assise (1975-1983)
Acte II, 6e tableau : Le Prêche aux oiseaux (« Frères oiseaux »)
Unique opéra de Messiaen, Saint François d’Assise s’est imposé comme l’une des plus puissantes créations lyriques de son siècle. Dans ce vaste tableau, le saint s’adresse aux oiseaux qui lui répondent par une extraordinaire polyphonie orchestrale. L’œuvre traduit avec une force saisissante la communion entre l’homme, la nature et le divin.
- Version recommandée : José van Dam (Saint François), Dawn Upshaw (L’Ange), Orchestre Hallé, dir. Kent Nagano / Deutsche Grammophon (1998)
10. Éclairs sur l’Au-Delà... (1988-1992)
XI. « Le Christ, lumière du paradis »
Dernière grande partition orchestrale achevée par Messiaen, Éclairs sur l’Au-Delà…, qui emprunte de larges extraits à l’Apocalypse de saint Jean, apparaît comme un véritable testament spirituel. Les immenses accords des cuivres et les harmonies rayonnantes ouvrent une musique tournée vers la lumière et la contemplation, dans une sérénité qui résume toute la quête du compositeur. « C’est l’arrivée, le Bonheur, le Paradis, la Lumière qui est le Christ et qui éclaire l’Éternité », écrit Yvonne Loriod à propos de la onzième et dernière partie de ces Éclairs.
- Version recommandée : Orchestre de l’Opéra de Paris, dir. Myung-Whun Chung / Deutsche Grammophon (1993)
Pour aller plus loin
Inscrivez-vous à notre newsletter
Vous avez apprecié cet article ?
Chaque vendredi à 13h, recevez une sélection exigeante d’analyses et de recommandations autour de la musique classique.





