10 œuvres pour entrer dans l’univers de Hans Werner Henze

Published On: 3 juillet 2026|
Temps de lecture : 4 minutes

Du lyrisme incandescent de Boulevard Solitude à la puissance politique du Radeau de la Méduse, dix portes d’entrée pour découvrir un compositeur inclassable, à la fois moderniste, homme de théâtre et musicien profondément engagé.

1. Boulevard Solitude (1952)

« Bahnhofshalle » (Salle de gare)

S’il ne fallait choisir qu’une seule œuvre pour entrer dans l’univers de Henze, ce serait probablement celle-ci. Avec cette relecture moderne de Manon Lescaut, le jeune compositeur allemand impose déjà une signature singulière : une musique raffinée, sensuelle, où le jazz, l’opéra et la modernité dialoguent sans jamais s’opposer.

  • Version recommandée : Jérôme Pruett (Armand des Grieux), Elena Vassilieva (Manon), Orchestre des Rencontres Musicales Lausanne, Ivan Anguélov (direction) / Cascavelle (1989)

2. Der Prinz von Homburg (1960)

« Das Leben nennt der Derwisch eine Reise » (Acte II)

Inspiré d’une pièce de Heinrich von Kleist (1810) et construit sur un livret d’Ingeborg Bachmann, Le Prince de Hombourg met en scène un prince partagé entre le rêve et la réalité. Il désobéit aux ordres militaires en lançant une attaque prématurée. Bien que cette initiative contribue à la victoire, il est condamné à mort pour avoir enfreint la discipline.

  • Version recommandée : Solistes, Orchestre de l’Opéra d’État de Stuttgart, Cornelius Meister (direction) / Capriccio (2020)

3. Elegie für junge Liebende (1961)

Alltägliche Angelegenheiten « Gut, gut genau wie es mir passte » (Acte I)

Cet opéra en forme de huis-clos, composé sur un livret de Wystan Hugh Auden et Chester Kallman, présente un autre visage de Henze : celui du psychologue, attentif aux ambiguïtés humaines et aux fragilités intérieures. Œuvre subtile et fascinante, cette Élégie pour de jeunes amants se révèle pourtant profondément théâtrale.

  • Version recommandée : Dietrich Fischer-Dieskau (Gregor Mittenhofer, poète),  Martha Mödl (Carolina, sa secrétaire), Thomas Hemsley (Docteur Wilhelm Reischmann, un physicien), Membres de l’Orchestre de l’Opéra allemand de Berlin et de l’Orchestre symphonique de la Radio de Berlin, Hans Werner Henze (direction) / Deutsche Grammophon (1963)

4. Symphonie n° 5 (1962)

Movimentato

Composée pour l’Orchestre philharmonique de New York et Leonard Bernstein, à qui elle est dédiée, cette symphonie voit Henze s’éloigner progressivement du sérialisme rigoureux pour développer un langage très personnel. Sa musique se montre parfois abrasive mais elle reste profondément expressive, nourrie de lyrisme, de théâtre et d’une grande imagination orchestrale.

  • Version recommandée : Orchestre philharmonique de Berlin, Hans Werner Henze (direction) / Deutsche Grammophon (1964)

5. Die Bassariden (1966)

« Mänadenjagd » (La Chasse aux ménades)

L’un des opéras de Henze par lequel il faut sans doute commencer. Inspiré des Bacchantes d’Euripide, Les Bassaridesmarquent un sommet du théâtre musical du XXe siècle, reposant sur un livret de Wystan Hugh Auden et Chester Kallman : violent, somptueux, incandescent.

  • Version recommandée : Orchestre des Jeunes Gustav Mahler, Claudio Abbado (direction) / Deutsche Grammophon (1992)

6. Das Floß der Medusa (1968)

« Schau auf ! »

Impossible de ne pas citer cette œuvre manifeste. La création de cet oratorio politique majeur du XXe siècle fut annulée à cause de l’opposition entre les manifestations étudiantes et la police, en cette année 1968. Le Radeau de la Méduse, inspiré d’une tragédie maritime, illustré par le célèbre tableau de Géricault, symbolise le peuple abandonné par l’élite.

  • Version recommandée : Solistes, Chœur et Orchestre symphonique de la Radio de Vienne, Cornelius Meister (direction) / Capriccio (2017)

7. El Cimarrón (1970)

« Die Welt » (Le Monde)

Changement radical d’univers. Ici, Henze dépouille son langage jusqu’à l’os pour raconter la fuite d’un esclave cubain. Henze a décrit cette partition comme un « récital pour quatre musiciens ». L’ensemble se compose d’un baryton qui incarne El Cimarrón (le fugitif), d’un guitariste, d’un flûtiste et d’un percussionniste : les quatre musiciens jouent tous des instruments à percussion. Cette œuvre âpre, libre, intense, se montre très exigeante pour le chanteur qui doit faire entendre des rires, des sifflements, des cris, des hurlements et des passages en fausset.

  • Version recommandée : William Pearson (baryton), Karlheinz Zöller (flûte), Leo Brouwer (guitare), Stomu Yamash’ta (percussion) / Deutsche Grammophon (1970)

8. Voices (1973)

« The Electric Cop »

Cycle de vingt-deux chants sur des textes venus du monde entier — des révolutionnaires, des poètes (Bertolt Brecht, Ho Chi Minh, Heberto Padilla, Erich Fried), des anonymes. Henze y fait entendre une pluralité de voix, de langues et de combats, dans l’une de ses œuvres les plus fortes. Henze disait que les « voix » du titre étaient celles d’artistes et de personnes engagées face aux injustices du monde.

  • Version recommandée : Sarah Walker (mezzo-soprano), Paul Sperry (ténor), London Sinfonietta, Hans Werner Henze (direction) / Decca (1978)

9. Symphonie n° 7 (1984)

Tanz. Lebhaft und beseelt

Une excellente porte d’entrée dans l’univers du Henze symphoniste. Plus méditative que ses partitions les plus radicales, cette œuvre séduit par sa richesse orchestrale et sa tension intérieure permanente.

  • Version recommandée : Orchestre symphonique de la Ville de Birmingham, Simon Rattle (direction) / Warner Classics (1993)

10. Requiem (1992)

Tuba Mirum

L’un des grands chefs-d’œuvre tardifs du compositeur. Fait exceptionnel, ce Requiem est une œuvre purement instrumentale, pensée dans une perspective humaniste plutôt que religieuse. « Ces neuf pièces instrumentales traitent des peurs et des problèmes humains de notre époque, de la maladie et de la mort, de l’amour et de la solitude, et plus particulièrement du personnage de Michael Vyner [le directeur du London Sinfonietta, mort du sida en 1989, NDLR], un homme extrêmement vif et passionné, de sa vie et de sa mort, ainsi que de mon chagrin face à sa disparition, qui symbolise celle de tant d’autres qui ont eux aussi tragiquement quitté notre monde », écrit Henze.

  • Version recommandée : Dimitri Vassilakis (piano), Reinhold Friedrich (trompette), Orchestre symphonique de Bochum, Steven Sloane (direction) / Cybele (2010)

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