Un portrait de Mozart entre voix et clavier

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Published On: 1 octobre 2025|
Temps de lecture : 2 minutes

Le clavicorde, l’instrument ressurgit du passé

Quelques notes du journal de l’épouse de Wolfgang Amadeus Mozart, Constance Weber, rappellent que c’est sur le clavicorde* de sa maison natale que le compositeur prolifique travailla à La Flûte enchantée et à La Clémence de Titus.

À l’évidence restauré et confié aux micros experts de Franck Jaffrès, l’instrument ressurgit du passé avec une étonnante fraîcheur sonore sous les doigts d’Alexander Gergelyfi. Le jeune spécialiste autrichien des claviers anciens brosse ici un portrait de Mozart à travers des pièces pour clavier, des lieder et des arias avec la complicité de son compatriote Georg Nigl, dont l’art élégant se met au service de cet instrument discret à la projection fragile.

La personnalité engagée de Gergelyfi

Dès l’ouverture de La Flûte Enchantée, le contrôle digital et la personnalité engagée de Gergelyfi frappent : le contrepoint animé de l’Allegro trouve sur ce clavier des accents vigoureux et inattendus qui repoussent les limites dynamiques de l’instrument. La prise de son assez proche met parfaitement en valeur son le grain particulier et un registre grave singulièrement étoffé.

La Fantaisie en ré mineur K. 397, elle, assume une théâtralité saisissante : le clavicorde y sanglote et ses accents se brisent tandis que les traits rapides deviennent des cris inquiets. Si la variété des articulations, l’autorité des arpèges impressionne dans le « Fragment de Fantaisie » K. 396, on est moins convaincu par l’Adagio pour glassharmonica K. 356. Le texte conserve son élégance mais on perd inévitablement la lumière étrange des chromatismes et des appoggiatures de l’instrument original.

Les limites de l’exercice

Très grandiloquente la Marche funèbre K. 453a assume un caractère parodique bien trouvé, le discret instrument gonflant ses poumons pour imiter un ensemble de cuivres. Respectant le cadre de l’instrument Nigl déploie un éventail nuancé où le texte prime, son Ein Mädchen est conté avec une simplicité bonhomme séduisante.

On atteint sans doute les limites de l’exercice dans Une Petite Cantate allemande pour voix et clavier K. 619, où l’on souhaiterait une matière orchestrale que le clavicorde, par essence, ne peut offrir d’autant que Nigl y déploie une palette sonore et des dynamiques enfin libérés. Mais on retient sa respiration à l’écoute du Lied der Trennung d’une infinie douceur, du Die Zufriedenheit au doux balancement ternaire ou de ce schubertien Abendempfindung an Laura.

(*) Instrument domestique par excellence, ancêtre du piano, le clavicorde était prisé au XVIIIᵉ siècle pour sa finesse expressive mais son volume sonore limité le réservait aux espaces privés.

Informations pratiques

  • Compositeur : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
  • Album : Mozart’s clavichord
  • Œuvres : Airs, lieder et pièces pour piano
  • Interprètes : Georg Nigl (baryton), Alexander Gergelyfi (clavicorde)
  • Label : Alpha Classics 1142 (1 CD)
  • Année d’enregistrement : 2024
  • Durée : 1 h 21 min

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