Sasha Stychkina, une pianiste à suivre

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Published On: 20 août 2026|
Temps de lecture : 3 minutes


À 22 ans, Sasha Stychkina signe un premier disque ambitieux, de Weber à Bartók. Si le programme apparaît parfois déséquilibré, la jeune pianiste gréco-russe impressionne par sa maîtrise instrumentale, sa virtuosité et une personnalité artistique déjà très affirmée.

D’origine gréco-russe, Alexandra « Sasha » Stychkina n’avait que 22 ans quand elle a enregistré ce disque. Mais en novembre 2019, à l’âge de 15 ans, elle était déjà devenue la plus jeune finaliste et lauréate dans l’histoire du Concours international de piano Marguerite Long à Paris.

Pour son Debut, elle a choisi la diversité ; six compositeurs sont convoqués, dont la juxtaposition des styles garantit une écoute pour le moins variée. Mais les deux plats de résistance que représentent la Sonate n° 1 de Weber et les Variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen » de Liszt ne laissent que vingt minutes aux quatre autres ouvrages. Dans ce contexte, on comprend mal ce que font ici la Valse en la bémol majeur op. 42 de Chopin ou le Menuet sur le nom de Haydn de Ravel, et ce n’est pas seulement l’agacement du critique qui lui fait entendre cette partie comme la moins réussie du disque.

La redécouverte d’Alexeï Stantchinski

Les Cinq Préludes, publiés de manière posthume en 1928 mais écrits en 1907-1912 par Alexeï Vladimirovitch Stantchinski (1888-1914), sont bien mieux venus. Souffrant d’hallucinations et de troubles schizophréniques, le jeune homme fut un temps interné dans un établissement de soins puis, quatre ans après son retour à une carrière musicale prometteuse, il mourut à 26 ans, noyé dans une rivière glacée. Enfant prodige, l’élève de Josef Lhévinne et de Constantin Igoumnov pour le piano, d’Alexandre Gretchaninov et de Sergueï Taneïev pour la composition a subi diverses influences dont celle de Scriabine.

Dans ces cinq pièces fugaces (6 minutes) passent également des échos de Chopin, Glinka, Moussorgski et Rachmaninov, mais comme incendiés par une fureur rythmique et un expressionnisme visionnaire qui avaient séduit Prokofiev. C’est là que l’autorité et la maîtrise instrumentale de Stychkina triomphent. D’où notre regret qu’une plus ample place n’ait pas été faite au compositeur russe ; pour cela il faut se tourner vers de rares monographies comme celle de Peter Jablonski (Ondine).

Liszt, Bartók et la maîtrise instrumentale de Sasha Stychkina

Les mêmes éloges s’imposent face au lyrisme étreignant, à la grandeur douloureuse que la pianiste imprime aux Variations de Liszt, ou aux vertiges virtuoses qu’elle soulève dans les labyrinthiques Études op. 18 de Bartók. Ceux que gênerait, par moments, un certain côté « piano qui ne fait pas de prisonnier » pourront préférer la lecture plus préméditée d’Alfred Brendel (Decca) ou la spiritualité majestueuse de Jean-Claude Pennetier (Mirare) dans Liszt, la ciselure plus âpre de Cédric Tiberghien (Hyperion) ou le mystère envoûtant d’Andreas Bach (Oehms Classics) dans Bartók.

Weber, entre virtuosité et question de style

La Sonate en ut majeur de Weber (1812), à l’écriture plus audacieuse qu’il n’y paraît, est traitée avec une admirable science des timbres, du toucher (Adagio) et, à nouveau, avec une impressionnante facilité digitale (le perpetuum mobile du rondo final !). Mais alors qu’elle semble dominer le sujet, la pianiste ne nous convainc pas totalement sur le plan stylistique.

Même marquée par l’esthétique fantastique du romantisme allemand, cette musique nécessite à notre sens une approche plus sensible à l’héritage classique de Beethoven, et peut-être aussi un instrument un peu moins intrusif que celui dessiné par la prise de son. Un fortepiano d’époque serait évidemment un truchement idéal (par exemple le Tröndlin de Leipzig de Jan Vermeulen, Brilliant Classics) mais l’objectif est accessible sur un Steinway moderne comme ici (Jean Martin, Arion, et Alexander Paley, Naxos) ou même sur un Bösendorfer (Garrick Ohlsson, Hyperion).

Tout cela reste affaire de goût, et le sentiment qui domine après avoir écouté ce disque à plusieurs reprises, c’est la satisfaction de découvrir avec Sasha Stychkina une personnalité artistique aussi authentique qu’attachante.

Informations pratiques

  • Titre : Debut
  • Compositeurs : Bartók, Chopin, Liszt, Ravel, Stantchinski, Weber
  • Interprète : Sasha Stychkina (piano)
  • Label : Alpha Classics 1250 (1 CD)
  • Date d’enregistrement : 2025
  • Durée : 1 h 03 min

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