Schubert et le bel hédonisme du Scharoun Ensemble
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Vingt-trois ans après son premier enregistrement de l’Octuor de Schubert, le Scharoun Ensemble Berlin retrouve une œuvre qui constitue l’une de ses signatures. Cette nouvelle version généreuse et chaleureuse privilégie par sa plénitude sonore la dimension symphonique au détriment des aspérités et des ombres de la partition.
En regardant la couverture du disque et les étranges miroirs dressés dans une prairie entourée de montagnes, le boomer qui a connu les délices du rock anglais des sixties ne peut s’empêcher de penser à l’illustration du légendaire album du groupe The Who Who’s Next avec son bloc de béton (allusion iconoclaste au monolithe de 2001, l’Odyssée de l’espace) planté sur des scories de charbon et visiblement outragé par des musiciens pris d’un besoin pressant. On devine l’ambition du symbolisme exploré par le décorateur de Pentatone, mais la joyeuse grossièreté de 1971 était plus amusante.
Le Scharoun Ensemble retrouve l’Octuor de Schubert
Revenons à Schubert… tout comme les Scharoun puisque l’ensemble, principalement issu des rangs de l’Orchestre philharmonique de Berlin, revisite le célèbre Octuor pour cordes et vents qu’il avait enregistré une première fois en 2002 (Tudor). Certes, en raison du renouvellement des générations, seul le contrebassiste Peter Riegelbauer figure dans les deux versions mais la tradition musicale de cette formation constituée en 1983 a été préservée au fil des ans.
Les deux interprétations relèvent d’un style similaire et les minutages se révèlent quasiment identiques. Il faut dire que l’ouvrage fait figure de signature pour les Scharoun qui l’ont joué un nombre incalculable de fois. Si la largeur et la définition de la nouvelle prise de son ont davantage d’impact, je préfère la précédente pour son aération supérieure et ses éclairages plus tamisés. Par ailleurs, quelques traits individuels (clarinette) me paraissaient plus raffinés hier qu’aujourd’hui.
À l’issue d’un de leurs concerts un critique allemand a intitulé son article « Leichtigkeit und Tiefe » (Légèreté et profondeur) en référence à la philosophie de Hans Scharoun, l’architecte visionnaire qui a conçu l’emblématique Großer Saal de la Philharmonie et dont nos musiciens ont adopté le patronyme. On ne saurait mieux dire pour décrire la simplicité et l’intégrité de leur démarche.
Une interprétation plus symphonique que chambriste
Reste que l’aspect symphonique de la partition est privilégié en regard du versant plus chambriste, plus accidenté de celle-ci. Par ailleurs, s’il puise dans l’esprit de la sérénade classique tout en imitant le modèle du Septuor de Beethoven, l’inspiration du Schubert de 1824, déjà atteint par la maladie qui allait l’emporter quatre ans plus tard, cède aussi à l’introspection douloureuse en hésitant souvent entre ombre et lumière. Les Scharoun ne cultivent pas le doute. Ils sculptent dans une matière chaleureuse un monument d’hédonisme dont même les échappées dramatiques interviennent comme autant d’éléments unificateurs et non disruptifs (Andante). Selon sa sensibilité, l’auditeur ressentira la densité instrumentale des Scharoun comme un accomplissement ou bien comme un voyage (confortablement) prévisible.
Quelle place dans la discographie ?
En définitive, la discographie de ce chef-d’œuvre me paraît toujours dominée par des ensembles au charme supérieur, qu’il soit viennois (Wiener Oktett des première et deuxième époques) ou pas (Academy of Saint Martin in the Fields, Quatuor Modigliani…) ainsi que par des versions de solistes plus épicées, plus mobiles comme celles menées par Gidon Kremer (DG), Viktoria Mullova (Onyx) ou Isabelle Faust (Harmonia Mundi).
Informations pratiques
- Compositeur : Franz Schubert (1797-1828)
- Titre : Octuor en fa majeur D. 803
- Interprètes : Scharoun Ensemble Berlin
- Label : Pentatone PTC 5187 520 (1 CD)
- Date d’enregistrement : 2025
- Durée : 1 h 01 min
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