« Avec l’Orchestre Français des Jeunes on peut aller très loin ! »

Published On: 2 décembre 2025|
Temps de lecture : 4 minutes

Kristiina Poska et l’Orchestre Français des Jeunes en concert ©Marion Rousseau

Nommée directrice musicale de l’Orchestre Français des Jeunes en janvier, Kristiina Poska a pris ses fonctions en août, assurant une tournée en France et en Europe. La cheffe estonienne et l’orchestre présentent une deuxième série symphonique début décembre, à Dijon, Paris et Bruxelles. 

Qu’est-ce qui vous a incitéé à prendre la direction de l’Orchestre Français des Jeunes ?

Le travail avec les orchestres de jeunes m’a toujours intéressé car il est très stimulant. Ces ensembles font preuve d’une très grande flexibilité car ils ont déjà leur mode de fonctionnement, leurs réflexes, leurs habitudes. Les jeunes musiciens réagissent en revanche comme des éponges et ils absorbent toutes les informations que vous leur transmettez. Ils sont à la fois malléables et capables de donner beaucoup pour aller très loin ! L’Orchestre Français des Jeunes, avec son niveau très élevé, en constitue un parfait exemple.

Mais un tel poste ne se limite pas à l’exécution de la musique…

Non, bien sûr, il comprend aussi une dimension de transmission et de partage, essentielle à mes yeux. S’y ajoutent l’apprentissage du travail collectif, de l’écoute mutuelle, de la discipline, autant d’éléments indispensables à la vie au sein d’un orchestre.

Les orchestres de jeunes impressionnent toujours par leur énergie et leur enthousiasme.

Oui, c’est incontestable et l’OFJ ne fait pas exception. C’est un échange à double sens : je leur transmets mon expérience et je profite de leur énergie.

Un programme pensé comme un voyage symphonique

Comment avez-vous conçu le programme du concert de décembre ?

Il doit conjuguer des enjeux techniques et musicaux. Techniques en sollicitant aussi bien le jeu collectif, l’équilibre des pupitres, que les interventions solistes. Il faut choisir le musicien le plus à même d’assurer les solos dans telle ou telle œuvre. Shéhérazade de Rimski-Korsakov répond bien à ces deux critères, tant par l’ampleur orchestrale que par la mise en avant régulière de différents instruments. Le Concerto pour piano n° 2 a été choisi par Alexandre Tharaud avec qui nous avons déjà interprété le Concerto pour piano n° 23 de Mozart cet été à la Saline royale d’Arc-et-Senans, notre lieu de résidence, mais aussi à Berlin et à Amsterdam.

Comment s’intègre Recto de Yann Maresz face à ces deux œuvres russes ?

Il y a la volonté de varier les esthétiques, d’apporter un contraste, et aussi de réserver une place à la musique française contemporaine. Il se trouve que j’apprécie beaucoup la musique de Yann Maresz, notre compositeur en résidence, très finement écrite mais aussi très exigeante pour l’orchestre, notamment dans ses figures rythmiques. Il faut pouvoir disposer d’un long temps de répétition pour en donner la pleine mesure.

Le style sonore français entre élégance et clarté

Visez-vous un objectif particulier avec l’Orchestre Français des Jeunes ?

Il faut bien comprendre que l’effectif varie tous les ans, à la différence des orchestres professionnels constitués. Mais quel que soit le mode de fonctionnement, mon objectif reste le même, c’est-à-dire aller au-delà des notes pour transmettre le message du compositeur, le sens profond de la musique. On y parvient en creusant toujours plus profondément dans la partition et en trouvant un son idéal pour chaque œuvre.

À propos de son, comment décririez-vous celui de l’Orchestre Français des Jeunes ?

Dans mon travail, j’aime mettre en valeur les détails, organiser les plans sonores. J’apprécie donc beaucoup le son des orchestres français pour leur élégance, leur clarté, leur transparence et la spécificité de certains timbres, par exemple, ceux des bassons et des cors. L’OFJ se situe naturellement dans cette lignée et, malgré le jeune âge et l’expérience orchestrale limitée de ses membres, il porte superbement l’empreinte de cette tradition musicale française.

Y a-t-il une autre particularité française dans leur jeu ?

Pas dans le jeu, dans la maîtrise instrumentale, de très haut niveau comme je l’ai déjà dit, mais dans l’esprit. Il ne faudrait pas considérer cet ensemble comme une feuille blanche ou une tabula rasa. Ces jeunes reflètent la société dans laquelle ils évoluent. Ils ont de fortes personnalités mais quand ils ont un but commun à atteindre, ils peuvent faire des merveilles.

Kristiina Poska et l’Orchestre Français des Jeunes en répétition ©Marion Rousseau

Prochains concerts

  • Dimanche 7 décembre à 17 h, Opéra de Dijon.
  • Lundi 8 décembre à 20 h, Philharmonie de Paris
  • Mercredi 10 décembre à 20 h, Bozar, à Bruxelles

Maresz : Recto. Chostakovitch : Concerto pour piano n° 2. Rimski-Korsakov : Shéhérazade

Alexandre Tharaud (piano), Orchestre Français des Jeunes

  • Dimanche 18 janvier à 18 h, Philharmonie de Paris
  • Mardi 20 janvier à 20 h, MC2, Grenoble

Beethoven : Grande Fugue (version orchestrale). Adams : Absolute Jest

+ Beethoven : Quatuor n° 8 « Razoumovski »

Quatuor Ébène, Orchestre Français des Jeunes

L’OFJ en bref

Fondé en 1982 à l’initiative du ministère de la Culture, l’Orchestre Français des Jeunes (OFJ) forme chaque année au plus haut niveau une centaine d’étudiants des conservatoires de France au métier de musicien d’orchestre. Recrutés sur auditions, ces jeunes suivent trois à quatre sessions de travail réparties au cours de l’année qui leur permettent d’aborder un large répertoire. L’orchestre défend la musique d’aujourd’hui en invitant chaque année un compositeur en résidence – Yan Maresz pour 2025 et a élargi le répertoire au domaine lyrique. Il a ainsi monté l’an dernier à Dijon Le Château de Barbe-Bleue de Bartók sous la direction de Kristiina Poska, sa directrice musicale. Il interprète en parallèle C.P.E. Bach, Haydn et Mozart sous la conduite de la violoniste Amandine Beyer, choisie comme guide pour la série classique.

Le parcours à l’OFJ inclut la pratique de la musique de chambre, la médiation, des concerts dans des lieux rarement visités par la musique (EHPAD, centres aérés, médiathèques, espaces publics…). Emmanuel Krivine, Marek Janowski, Dennis Russell Davies, Fabien Gabel et Michael Schønwandt, entre autres, ont contribué au rayonnement de l’OFJ. Depuis trois ans, l’OFJ a mis en place plusieurs dispositifs d’égalité des chances afin d’ouvrir largement les métiers d’orchestre.

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