Johann Christoph Pez par L’Arpa Festante
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L’Arpa Festante se penche sur le Duplex Genuis de Pez, un recueil à la richesse musicale inépuisable.

Johann Christoph Pez
(1664-1716)
Duplex Genius
L’Arpa Festante, dir. Christophe Hesse
CPO 555 392-2. 2018. 1 h 18 MIN
Moins connu que son contemporain Georg Muffat, grand artisan des goûts réunis et incontournable théoricien de la « vraie manière de mener l’archelet », Johann Christoph Pez s’est formé au style italien dès 1689 avant de retourner à la cour de Munich en 1692 où l’influence de Lully devenait prédominante. Probablement composé à cette période, le Duplex Genius suit étroitement la voie tracée par Corelli et privilégie des mouvements aux sections contrastées mais la richesse de l’harmonie demeure typiquement liée au contrepoint allemand. On trouvera des traces du style français dans les gigues, dans l’usage des rythmes pointés et certaines signatures mélodiques.
Dans ce recueil exclusivement composé de sonates en trio, quelques pépites attestent une maîtrise consommée du contrepoint telle la Fugue de la Sonate en ré majeur, l’Andante « alla Corelli » dont le thème est étonnamment haendelien (Sonate en la) ou l’étonnante section en échos de la Sonate en ré majeur qui tend un pont vertigineux entre les procédés de Monteverdi et ceux de la sonate classique.
Arpa Festante se penche sur cette musique d’une inépuisable richesse avec des moyens techniques supérieurs et une pertinence stylistique mêlée d’intense expressivité. Les prestos sont furieux mais totalement maîtrisés, le souffle des allegros ne souffre d’aucune baisse de tension (formidable violoncelle dans la Sonate en la majeur), on admire le geste large et le soutien des adagios dont le ton évoque tant l’Armonico Tributo de Muffat jusque dans le thème identique de la Sonate en la mineur. Aria Festante choisit le violoncelle en place d’une viole préconisée par le compositeur, ce qui renforce l’unité de timbre et la couleur italienne de l’ensemble, et confie le continuo à l’orgue positif, aux théorbes et à la guitare. Sur ce dernier point on se réjouit d’un retour à une réalisation attentive aux textures et aux suggestions du discours et capable d’une grande souplesse rhétorique là où la tendance, surtout française, est de faire le maximum de bruit avec des formules toutes faites. Si les cordes graves ne méritent que des éloges pour leur phrasé et leur intonation impeccable, les violonistes Angelika Balzer et Christoph Hesse ne sont pas en reste, voilà du violon baroque avec une palette de couleurs, un souci du détail et un sens du discours constamment irrésistibles d’autant que la prise de son naturelle propose un espace propice à une belle dynamique d’ensemble. Après le beau disque des Muffatti (Ramée, 2011), le catalogue s’enrichit d’une perle rare.




