À Lausanne, Mireille débarrassé du folklore

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Published On: 11 octobre 2026|
Temps de lecture : 3 minutes

Bruno Ravella met en scène l’opéra de Gounod en renonçant aux clichés provençaux au profit d’une esthétique plus abstraite. Portée par la direction équilibrée de Jean-Marie Zeitouni et une distribution globalement convaincante, cette Mireille retrouve une fraîcheur bienvenue, malgré quelques réserves.

Il y a une injustice flagrante dans le fait que Mireille soit aujourd’hui délaissée. La partition est truffée d’airs célèbres et soutient sans difficulté la comparaison avec les autres grands opéras de Gounod. Mais le titre souffre sans doute d’une réputation de régionalisme et de ringardise (le prénom Mireille est-il même encore donné à des enfants ?) contre laquelle doit lutter tout théâtre qui décide de le mettre à l’affiche.

Mireille loin des clichés provençaux

Pour cette coproduction avec l’Opéra de Marseille, l’Opéra de Lausanne a choisi Bruno Ravella, qui a si bien su revisiter le Don Quichotte de Massenet la saison dernière. Le metteur en scène a eu la bonne idée de renoncer à tout le folklore arlésien en optant pour une lecture plus « abstraite ».

Les costumes situent l’action dans la première partie du XXe siècle – dommage tout de même que la coiffe de l’héroïne, au deuxième acte, soit si peu seyante – et les décors filent la métaphore du tressage, évoquant le métier de vannier qu’exerce le héros : devant un fond noir surgissent ainsi un grand soleil-tournesol de paille, une tête de taureau associée au bouvier Ourrias, des paniers… Après un premier tableau qui ne parvient pas tout à fait à s’extraire de la convention, avec sa sorcière et ses redoutables magnanarelles, tout s’arrange dès le duo entre Mireille et Vincent, à la gestuelle finement calibrée, puis une farandole admirablement réglée.

Mais puisque le spectacle exclut tout naturalisme, et alors qu’on se targue de revenir aux intentions initiales de Gounod pour la création en 1864 (la partition fut ensuite remaniée, l’orchestration perdue puis seulement retrouvée en 1980), pourquoi faut-il confier à un ténor le rôle d’Andreloun, explicitement destiné à une voix de soprano enfant ou adulte ? Au nom de quelle vraisemblance faudrait-il un homme pour interpréter le petit berger ?

Jean-Marie Zeitouni et l’Orchestre de chambre de Lausanne très investis

L’Orchestre de chambre de Lausanne rend pleinement justice à la partition, et le chœur de l’Opéra se montre aussi investi qu’on peut le souhaiter, aussi bien théâtralement que vocalement. La direction de Jean-Marie Zeitouni se révèle idéalement dosée, sans langueurs inutiles, sans précipitation déplacée, avec la juste quantité d’énergie et de tension nécessaire pour mener l’œuvre à bon port. Le chef dirigera à nouveau cette production, à l’Opéra de Marseille en avril prochain, avec une distribution entièrement différente de la Suisse, où tous font leur prise de rôle.

Une distribution convaincante

À côté de rôles secondaires fort bien tenus, notamment la belle Vincenette d’Andrea Cueva Molnar, dont le timbre complète à merveille celui de l’héroïne dans leur duo de l’acte IV, on saluera la prestation sans reproche de Matthieu Lécroart, l’artiste parvenant à masquer sa bonhomie naturelle pour rendre le côté détestable de Ramon.

Après son superbe Karnac à Strasbourg, Jean-Kristof Bouton confirme sa totale adéquation avec ce répertoire, imposant un Ourrias jeune mais puissant. Quel plaisir d’entendre en Taven la trop rare Géraldine Chauvet, qui évite toute caricature, sans jamais forcer sa voix ! Grand plaisir aussi de constater que Thomas Bettinger, sans doute en méforme dans son récent Faust à Tours, relève haut la main le défi de Vincent, dont il maîtrise avec aisance les aigus et qui compose un personnage en tous points crédible.

Quant à Vannina Santoni, inoubliable Marguerite du Faust partagé par l’Opéra de Lille et l’Opéra-Comique, elle ajoute à son répertoire une nouvelle figure d’opéra-comique français où elle brille à chaque instant ; même sans « Ô légère hirondelle », le rôle est lourd, Mireille n’est absente de la scène qu’au troisième acte, et le chant trahit parfois l’effort ; espérons néanmoins que la soprano continuera à aborder les héroïnes de cette époque, qui lui siéent décidément fort bien.

Opéra de Lausanne, le 9 octobre 2026.

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