Le grand Nicholas
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Très documentée, la biographie de Nathalie Krafft rend un hommage sensible à Nicholas Angelich, pianiste phénoménal terrassé par la maladie à 51 ans.
« Nicholas a désapparu le 18 avril 2022 à l’hôpital Bichat à Paris », écrit Nathalie Krafft, empruntant, comme elle le précise, ce verbe à Édouard Glissant. Il n’avait pas repris connaissance depuis la greffe des poumons « en laquelle il mettait ses espoirs ».
L’autrice permet à l’artiste, qu’elle a longtemps côtoyé, de réapparaître à travers un récit biographique et chronologique très documenté. Elle rend très perceptible la personnalité d’un être tourmenté, inquiet, né américain à Cincinnati le 14 décembre 1970 puis naturalisé français, dont il fallait connaître le sens caché des expressions pour les comprendre : citons son emblématique « je sais pas » qui ponctuait ses conversations. Le « Petit précis angelichien » en fin de volume se montre bien utile.

Un pianiste exceptionnel
Mais plus que l’intimité du pianiste, qu’elle se garde bien, à raison, de dévoiler, l’autrice rappelle, à ceux qui l’ont connu, et apprend, à ceux qui le découvrent, quel pianiste phénoménal fut Nicholas Angelich. De nombreux témoignages de ses anciens maîtres (Michel Béroff, Bruno Rigutto), pairs (Marie-Josèphe Jude, Martha Argerich, Jean-Baptiste Fonlupt, Pierre Réach, Jean-Claude Pennetier) et partenaires de musique de chambre (Renaud Capuçon, notamment) soulignent les dons de ce déchiffreur hors norme, virtuose sans pareil, le travail de ce perfectionniste, mais surtout la sonorité, vaste, profonde, dense et si finement nuancée de ce « colosse d’un mètre quatre-vingt-quinze et pesant son quintal » ainsi que l’immensité de son répertoire (ordonné par Bach, Beethoven, Brahms et Rachmaninov).
Un répertoire immense pour ce musicien nourri de différentes cultures et langues, fils d’un père violoniste né en Yougoslavie et d’une mère pianiste née en Russie, formé à Paris, notamment au Conservatoire national supérieur de musique, où il travaille avec des figures majeures du piano comme Aldo Ciccolini et Yvonne Loriod.
Une personnalité hors norme
Hommage et non hagiographie, cet ouvrage permet de suivre en détail l’évolution de Nicholas Angelich, ses rencontres musicales, ses concerts, ses disques, la célébrité, la reconnaissance professionnelle et publique, sans oublier de signaler quelques points noirs (« Le CNSMD de Paris […] se soucie comme d’une guigne de sa mémoire »).
Au gré des pages, on s’attache à cet homme aussi fragile dans la vie qu’il est robuste au piano, venu d’un autre temps, qui n’avait pas de smartphone ni d’ordinateur et ne savait pas faire du vélo car il n’a pas été autorisé à enlever les petites roues. Ce qui ne l’a pas empêché de tracer une route admirable.
Informations pratiques
- Titre : Nicholas Angelich. Le piano absolu
- Autrice : Nathalie Krafft
- Éditeur : Éditions Fugue
- Nombre de pages : 256
- Prix : 23, 90 €
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