La Roque d’Anthéron, le charme et le danger de la jeunesse

Par |Published On: 30 juillet 2024|

Sous la célèbre conque du festival, trois générations de pianistes s’illustrent, de la légendaire Maria João Pires à l’adolescent prodige Tsotne Zedginidze, en passant par l’étoile montante Masaya Kamei. 

© Valentine Chauvin

Maria João Pires
Crédit photo : Valentine Chauvin

Elle est bien là. De graves ennuis de santé ont contraint Maria João Pires à quitter la scène, puis elle est revenue, puis elle a annulé… Et la voilà qui ouvre le quarante-quatrième Festival international de piano de La Roque d’Anthéron, avec un chef-d’œuvre de la jeunesse de Mozart, le Concerto « Jeunehomme ». Il suffit de nous souvenir de Clara Haskil ou de Claudio Abbado pour savoir à quel point Mozart est le meilleur médecin. Le jeu souple et droit de la pianiste portugaise, sculptant le son avec fermeté d’âme, irisent la phrase mozartienne d’une poésie lunaire. Le finale est un peu lent ? Et après ! On n’est pas aux JO ! La grâce de l’andante cantabile de la Sonate K. 330 donnée en bis vaut toutes les médailles.

Dirigeant l’Orchestre de chambre de Paris de son violon, parmi ses pairs, Gordan Nikolić est un partenaire fiable et informé. Soliste et chef dans le Concerto pour violon n° 4, c’est trop pour un seul homme. Le sens de l’équilibre l’emporte sur le charme de la sonorité. Après l’entracte, une Huitième Symphonie de Beethoven met en valeur l’engagement de l’orchestre dans une vision aux accents rudes et aux couleurs franches.

Les jeunes talents de La Roque

Le lendemain, c’est au tour de Masaya Kamai, 22 ans, vainqueur du dernier Prix Long-Thibaud. Dans le Concerto en mi mineur de Chopin, le pianiste japonais est à la hauteur de l’enjeu. Il allie spontanéité et noblesse de l’expression. En bis, une Mazurka en mi mineur apte à faire fondre le cœur des plus endurcis. Sous la baguette inspirée de Lawrence Foster, l’Orchestre philharmonique de Marseille brille de tous ses feux. Exceptionnel Divertimento de Bartók et formidables Danses de Kodály.

Trois jours plus tard, c’est au tour d’un phénomène de 14 ans, venu de Géorgie, d’occuper la scène du parc de Florans. Tsotne Zedginidze a l’air d’un ado sorti de sa chambre. Sauf qu’au lieu d’un ordinateur, ce geek passe son temps au piano. Très doué, il aurait stupéfié Daniel Barenboïm par son talent. D’après nos informations, il serait pris en main par sa grand-mère, pianiste et pédagogue. Pour son bien, il doit être confié à un bon professeur et cesser d’être exhibé comme un singe savant. Horowitz le dirait « cueilli trop tôt comme un pamplemousse ». Des compositions de son cru aux tournures provinciales qui tournent vite court, un Impromptu en sol bémol de Schubert plat et sans mystère, un Gaspard de la nuit de Ravel qui a les notes mais pas l’esprit. Bref, il est urgent d’agir pour offrir un cadre académique à ce talent exceptionnel, sans quoi tout sera bientôt fini.

Festival international de piano de La Roque d’Anthéron, les 20, 21 et 24 juillet

Masaya Kamei
Crédit photo : Valentine Chauvin

Tsotne Zedginidze
Crédit photo : Jérémie Pontin