Zampa d’Hérold, le retour d’un grand oublié
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Créé en 1831, Zampa fut l’un des grands succès de Ferdinand Hérold, avant de disparaître presque entièrement du répertoire. Le Palazzetto Bru Zane lui consacre un nouvel enregistrement, qui permet de mesurer les qualités dramatiques et vocales de cet opéra-comique, moins spectaculaire que subtilement construite.
Comment une œuvre qui connut quelque sept cents représentations à l’Opéra-Comique au cours du XIXe siècle avait-elle pu sombrer dans un oubli total ? Mort en 1833, Hérold ne put jamais accumuler les succès après Le Pré aux clercs (1832), resté un peu mieux connu des amateurs, mais Zampa (1831) n’avait guère survécu qu’à travers son ouverture, restée au programme des orchestres. En 1898, lors de l’inauguration de la nouvelle salle Favart, le titre était encore assez familier pour être représenté parmi les fresques du foyer, mais aucune grande voix ne s’intéressa ensuite à la partition, aux airs trop peu virtuoses pour que l’on y brille.
Entre influences française, italienne et allemande
Si Meyerbeer ou même Boieldieu purent être sauvés parce qu’ils tentèrent les chanteurs du XXe siècle, Hérold fut impitoyablement délaissé. Et la reprise inespérée de Zampa en 2008 à l’Opéra-Comique semblait vouée à rester sans lendemain.
De fait, la musique d’Hérold ne présente peut-être pas assez d’aspérités, de points saillants, pour que son retour s’impose aisément : en son temps, le compositeur visait lui-même un juste milieu entre les influences allemande, italienne et française. Berlioz reprocha d’ailleurs à Zampa son côté de « produit parisien », conçu pour flatter les goûts du public sans jamais le bousculer.
En dehors des passages repris dans une ouverture en forme de pot-pourri, on ne trouve pas ici de mélodies mémorables comme « Les rendez-vous de noble compagnie » ou « Jours de mon enfance » qui marquèrent durablement les spectateurs du Pré aux clercs, mais les grands ensembles des finales de chaque acte témoignent d’une fort belle maîtrise dramatique.
Le retour de Zampa grâce au Palazzetto Bru Zane
Peu importe, au fond, que Zampa ait ou non des chances de revenir au répertoire : l’essentiel est de donner à entendre une œuvre qui compta en son temps et dans la carrière du compositeur. Pour cela, le Palazzetto Bru Zane a une fois de plus su trouver les partenaires adéquats, à commencer par l’Orchestre de la Radio de Munich qui a déjà participé à plusieurs enregistrements, dont le sublime Ariane de Massenet.
Erik Nielsen opte pour des tempos judicieusement mesurés ; on s’en aperçoit d’autant mieux en réécoutant sur YouTube William Christie à la tête des représentations de 2008. Parmi l’équipe vocale, seul le chœur n’a pas le français pour langue maternelle, mais cela ne s’entend guère qu’à une certaine réserve dont les chanteurs font preuve. Et tous les solistes sont francophones, luxe qui semblait devenu inaccessible dans le dernier tiers du XXe siècle. Dans le rôle-titre, Julien Henric se révèle providentiel, pour un anti-héros à la tessiture très large ; puisse-t-il continuer longtemps à rendre de bons et loyaux services au répertoire français.
À Camille, Hélène Carpentier confère un timbre d’une richesse appréciable, heureusement encore assez agile pour s’adapter à ce répertoire, tant que des emplois plus lourds ne l’empêchent pas de vocaliser. Cyrille Dubois prête à Alphonse tout l’éclat de ses aigus et toute sa ferveur amoureuse. Autour d’eux, les personnages secondaires sont luxueusement tenus : Héloïse Mas est une somptueuse Ritta, Pierre Derhet un savoureux Dandolo (quel savoureux Dickson il ferait dans La Dame blanche !), François Rougier un sobre Daniel.
Informations pratiques
- Compositeur : Hérold (1791-1833)
- Œuvre : Zampa
- Interprètes : Julien Henric (Zampa), Hélène Carpentier (Camille), Cyrille Dubois (Alphonse), Héloïse Mas (Ritta), François Rougier (Daniel), Pierre Derhet (Dandolo), Lukas Myr (un corsaire), Chœur de la Radio Bavaroise, Orchestre de la Radio de Munich, Erik Nielsen (direction)
- Label : Palazzetto Bru Zane BZ 1065 (2 CD)
- Date d’enregistrement : 2025
- Durée : 2 h 18 min
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