Bicentenaire Weber : une anthologie riche mais imparfaite
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Figure fondatrice du romantisme allemand, Carl Maria von Weber reste pourtant méconnu. Une imposante anthologie Warner Classics offre un vaste parcours à travers son univers, entre chefs-d’œuvre lyriques, pages orchestrales et trésors chambristes, tout en laissant regretter quelques choix éditoriaux discutables.
Sans Weber, l’opéra romantique allemand n’aurait certes pas présenté le même visage. Mais cet art qui puise à la source de Haydn et de Mozart, tout en annonçant Berlioz, n’a pas seulement marqué son époque dans le genre lyrique : la fluidité et la variété de son invention mélodique, l’élégance et la virtuosité de son écriture instrumentale, la profusion de ses coloris ont également triomphé au piano, à la chambre et à l’orchestre.
De surprenantes absences
Or, cette compilation discographique réalisée à l’occasion du bicentenaire du compositeur prussien déconcerte. D’abord à cause de l’absence de l’opéra Euryanthe (1823), chef-d’œuvre de Weber au même titre que Der Freischütz (1821) ou Oberon (1826). On s’attendait à retrouver l’unique enregistrement de studio dirigé à Dresde en 1974 par Marek Janowski et publié l’année suivante chez La Voix de son Maître.
La réédition sur CD de ce Grand Prix du Disque était toujours estampillée « Copyright EMI Records Ltd » mais les résurgences suivantes se firent sous étiquette Berlin Classics puis Brilliant Classics avec la licence d’Edel Germany GmbH, propriétaire du catalogue Berlin Classics. En effet, cette production d’Euryanthe avait été effectuée en coopération avec VEB Deutsche Schallplatten et il est regrettable qu’elle n’ait pas fait l’objet d’une transaction.
La même malédiction frappe les splendides pages concertantes pour piano enregistrées en 1986 par Peter Rösel et Herbert Blomstedt, elles aussi parues sous étiquette EMI, et elles aussi absentes car également coproduites avec le groupe est-allemand. L’acquéreur du coffret Warner Classics devra se contenter du seul Konzertstück joué par Claudio Arrau avec Alceo Galliera de façon peu enthousiasmante (1960).
Si le juvénile Peter Schmoll comme l’opéra-comique inachevé Die drei Pintos ne sont pas inclus ici, ce qui n’est pas très grave, Abu Hassan (1811) est proposé dans l’excellente version de Wolfgang Sawallisch à Munich (Gedda, Moser, Moll, 1975). L’Oberon de James Conlon à Cologne (Lakes, Voigt, Heppner, Ziegler, 1992) n’est pas inoubliable mais fort honorable, l’éditeur n’ayant de toute façon aucune alternative dans ses tiroirs. On pourra regretter en revanche le choix du concert de Nikolaus Harnoncourt à Berlin pour le Freischütz (Wottrich, Orgonášová, Salminen, 1995) car cette réalisation intéressante mais contestable le cède largement à la légendaire version de Josef Keilberth au sein du même catalogue.
La voix et l’orchestre bien représentés
Le versant vocal du programme est complété par les deux grandes partitions liturgiques de 1817-1819 (Freischütz-Messe et Jubel-Messe) dirigées respectivement par Horst Stein en 1985 et Gerhard Wilhelm en 1969, ainsi que par une sélection de vingt lieder dans l’interprétation chaleureuse du baryton Hermann Prey. L’orchestre est fort bien représenté : ouvertures (Sawallisch), symphonies (Roger Norrington), ouvrages concertants pour clarinette (Sabine Meyer), cor (Barry Tuckwell) et basson (Paul Hongne). Côté chambriste, on dispose notamment des splendides Quintette avec clarinette, Variations sur un thème de Silvana (Gervase de Peyer) et Grand duo concertant (Sharon Kam) ou encore du délicieux Trio pour flûte, violoncelle et piano (Consortium classicum).
Des choix éditoriaux contestables
Surgissent de nouvelles déceptions. Une seule des six Sonates pour violon et piano est présente (Ida Haendel). Au piano, une bonne Sonate n° 4 (Paul Crossley) et une exemplaire Sonate n° 2 (Thierry de Brunhoff, avec heureusement les trois pièces brillantes qui complétaient son merveilleux 33 tours) ne nous consolent pas de l’absence des deux autres sonates. Il fut un temps où l’éditeur aurait négocié des emprunts auprès d’autres labels ou bien engagé des interprètes occasionnels pour que leurs enregistrements complémentaires nous épargnent ce genre d’anomalies.
Simultanément, on n’arrive pas à se réjouir de l’abondance incongrue d’arrangements ou de transcriptions d’ouvrages déjà présents dans le coffret, ni des habituels ajouts de gravures historiques (1908 à 1958). Les mêmes ouvertures et bis favoris s’y multiplient tandis que Callas, Lehmann, Lemnitz, Nilsson, Schwarzkopf et Welitsch défilent pour chanter toujours les mêmes airs du Freischütz et d’Oberon.
Malgré des réserves, une publication recommandée pour redécouvrir Weber
Une fois exposées les qualités de cette vaste anthologie et indiquées nos réserves à son sujet, il nous faut, en définitive, la recommander au mélomane débutant dans la mesure où elle constitue un viatique unique en son genre pour découvrir le génie de ce compositeur trop peu célébré de nos jours.
Informations pratiques
- Compositeur : Carl Maria von Weber (1786-1826)
- Titre : Weber – The Spirit of German Romanticism
- Label : Warner Classics 5026854112398 (18 CD)
- Dates d’enregistrement : N.C.
- Durée : N.C.
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