Et si le violon aidait à lutter contre l’échec scolaire ?
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Hélène Vareille, co-fondatrice de La Fondation Vareille, nous explique comment la pratique musicale, loin des clichés élitistes, est devenue un puissant outil de développement cérébral et social.
Votre fondation a vu le jour en 2014, avec une orientation immédiate vers l’éducation. Pourquoi ce choix, pour vous qui venez du monde de l’entreprise ?
Nous avons quatre enfants. Comme tous les parents d’enfants, nous avons vécu les joies, les difficultés, les affres du suivi de la scolarité de ses enfants, de devoir faire des choix à un moment donnée, avec en plus quatre caractères extrêmement différents. Cela nous a amenés à réfléchir et à nous dire qu’effectivement le sujet de l’éducation était absolument fondamental. Comment est-ce que l’école fonctionne ? Que pourrait-elle faire pour mieux répondre à toutes les difficultés qu’elle rencontre, qui sont considérables ?
Comment la musique s’est-elle imposée dans ce projet ?
Quand on a décidé de créer notre fondation, on s’est donné pas mal de temps pour choisir ce qu’elle allait faire. On y a beaucoup réfléchi avec nos enfants aussi. A la fin, il est resté un sujet musique et un sujet éducation. A partir de là on a observé pas mal de projets qui existaient déjà.

Hélène Vareille, Fondatrice et Présidente de la Fondation Vareille
Un exemple de projet qui vous a marqué ?
Nous avons visité à Londres, dans un quartier particulièrement défavorisé, quelques écoles qui avaient mis en place la pratique de l’apprentissage du violon chez des enfants assez jeunes. Ce qui nous avait énormément étonné à l’époque en discutant avec les équipes, c’est qu’à chaque fois la même impression revenait : les professeurs des écoles étaient absolument enthousiastes en disant « c’est formidable, vous ne pouvez pas savoir de quelle façon cela transforme l’école, cela transforme les enfants, c’est révolutionnaire. »
Votre programme « Un violon dans mon école » s’adresse aux enfants de 4 à 8 ans. Pourquoi cet âge ?
Grâce aux neurosciences qui ont fait énormément de progrès sur le développement du cerveau, on sait maintenant qu’il y a des phases de la vie qui sont extrêmement favorables au progrès et à l’apprentissage. Cela nous a déterminés à dire on va s’intéresser aux enfants de quatre à huit ans, parce qu’à cet âge-là, il y a une plasticité cérébrale qui est maximale.
Comment cela ?
Toutes les connexions qui sont créées par une activité à cet âge-là, elles durent toujours. Vous développez tout un tas de connexions entre les deux hémisphères du cerveau. Le cerveau va les utiliser tout autant quand l’enfant joue au foot, fait des maths, ou joue du violon. C’est beaucoup plus puissant de créer un vrai booster à ces âges-là. On utilise la musique pour faire faire des progrès sur tout ce qui touche aux thèmes de l’éducation et des apprentissages.
Pourquoi avoir choisi le violon plutôt qu’un autre instrument ?
C’est un instrument qui est tout à fait adapté aux petits, puisque cela fait longtemps qu’il existe des violons de toute taille. Cela fait très longtemps aussi que des pédagogies spécifiques d’enseignement pour des tout petits existent dans le violon. Il y en a d’ailleurs plusieurs, ce qui est bien la preuve que cela peut marcher. C’est beaucoup moins vrai pour d’autres instruments.
Comment le violon agit-il sur leurs capacités cognitives et motrices ?
C’est aussi un instrument qui demande une précision, une motricité fine, une finesse d’écoute et une capacité à gérer tout cela en même temps, sans même parler de la tenue de l’archer, qui sont des compétences que précisément les petits sont en train de développer à cet âge-là. C’est parfaitement aligné avec ce qu’ils sont en train de mettre en place. C’est une sorte d’entraînement complémentaire.
Combien d’enfants ont bénéficié du programme depuis sa création ?
Si on ajoute les anciens et ceux qui sont dans le projet, on dépasse légèrement 12 000. Donc c’est déjà un nombre intéressant.
Quels effets observez-vous après plus de dix ans de déploiement ?
En France, on a lancé une étude pour mesurer l’impact scolaire, mais aussi tout l’impact socio-comportemental parce que très vite, les enfants apprennent à faire attention, apprennent à écouter, à se concentrent bien davantage.
Peut-on déjà mesurer l’effet de la musique sur leurs progrès à l’école ?
L’étude a suivi une cohorte sur quatre années, plusieurs milliers d’enfants de l’année de moyenne section jusqu’à la sortie du CE1. Elle n’est pas encore complètement terminée pour tout ce qui est lié au socio-comportemental, mais on a déjà un certain nombre de résultats qui sont tout à fait encourageants sur, par exemple, les résultats aux évaluations en mathématiques sur la base des évaluations faites par l’éducation nationale.
Le violon est parfois perçu comme un instrument élitiste. Comment les familles accueillent-elles le projet ?
Je pense que les parents sont extrêmement fiers que leur enfant fasse du violon. L’idée pour les parents qu’on leur confie un violon, c’est un élément de fierté et cela contribue aussi au rapprochement des parents avec l’école parce qu’il faut leur présenter le violon, il faut leur dire ce qu’il faut faire, ne pas faire.
Comment le violon transforme-t-il le lien entre les familles et l’école ?
Les parents viennent et ils s’aperçoivent qu’ils sont très bien reçus, que les enseignants ne sont pas là pour leur mettre un zéro sur 20 ou leur dire qu’ils ont fait trop de fautes d’orthographe ou qu’ils étaient nuls à l’école… Donc ils coopèrent bien davantage avec l’école. Or on sait par ailleurs que le lien parent-école est l’un des points qui comptent dans la réussite scolaire des enfants.
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