Dans le décor déjà somptueux de la Chapelle royale de Versailles, L’Enlèvement du sérail ravit l’œil et l’oreille par une mise en scène raffinée, un casting parfaitement équilibré et une direction musicale des plus expressives. 

© Pascal Le Mée

Crédit photo : Pascal Le Mée

Notez bien qu’il s’agit de L’Enlèvement « du » et pas « au » Sérail. Il s’agit en effet de la version française (1798) de l’ouvrage de Mozart, traduite dans une jolie langue « d’époque » par Pierre-Louis Moline. Michel Fau propose, outre une direction d’acteurs précise, une mise en scène orientaliste dans les beaux décors d’Antoine Fontaine, les costumes raffinés de David Belugou, sous les éclairages très étudiés de Joel Fabing : un constant enchantement pour l’œil.

L’oreille a de quoi se satisfaire aussi. Florie Valiquette possède tout ce qui est nécessaire à une belle Constance, la virtuosité, la facilité dans l’aigu et un registre médian solide. Sa suivante Blond(in)e (Gwendoline Blondeel) n’est pas moins agile avec ce petit plus mutin et gracieux qui séduit immédiatement. Mathias Vidal (Belmont) imagine un chant expressif, inventant d’expressives inflexions, au service de la vérité dramatique. Nicolas Brooymans (Osmin) manque un peu de puissance pour incarner le sadique gardien du sérail que l’on conçoit généralement plus sombre, mais impose avec sobriété un personnage burlesque. Enguerrand de Hys (Pédrille) joint à des qualités vocales parfaites un jeu théâtral à la fois naturel et décalé. Quant à Michel Fau, qui s’est réservé le rôle parlé du Bacha, il joue sur la frontière délicate de l’artifice et du réalisme.

Gaétan Jarry accompagne méticuleusement le plateau et tire de l’Orchestre et du Chœur de l’Opéra Royal les sonorités les plus contrastées, de la truculence orientaliste la plus déchaînée aux sonorités mozartiennes les plus soyeuses.

Versailles, Opéra royal, le 22 mai