Véronique Gens et les divas d’Offenbach : la tragédienne s’amuse

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Published On: 31 octobre 2025|
Temps de lecture : 3 minutes

 

 

A l’heure où son répertoire s’élargit radicalement (la Maréchale du Chevalier à la rose la saison dernière, Elina Makropoulos en février prochain), pourquoi ne pas rêver d’un avenir où, comme naguère Felicity Lott, Véronique Gens incarnerait sur scène plus d’une héroïne d’Offenbach ? Souhaitons qu’un nouveau Laurent Pelly surgisse pour lui aménager sur mesure quelques-uns de ces personnages où elle ferait merveille, à en juger par ce disque.

Une soprano entre élégance et espièglerie

Ce n’est évidemment pas sa première incursion dans l’œuvre du compositeur : la soprano fut La Belle Hélène à Genève, il y a dix ans, et le Palazzetto Bru Zane lui a confié Metella dans son enregistrement de La Vie parisienne. On a aussi pu la voir à l’Opéra-Comique dans La Fille de Madame Angot de Lecocq, rival d’Offenbach après 1870.

Au « petit Mozart des Champs-Élysées », Véronique Gens prêterait sa diction et sa distinction, tout en étant capable de s’encanailler quand il le faut. Sur le plateau, elle imposerait sa haute silhouette et son port de reine. Entre les mains du metteur en scène idoine, elle serait irrésistible dans La Diva, qui offrit en 1869 à Hortense Schneider l’un de ses derniers grands succès offenbachiens.

Raretés et redécouvertes

En attendant que cela ne se concrétise, on se consolera avec le récital qu’a su concocter Alexandre Dratwicki pour l’une de ses artistes fétiches, présente dans tant des résurrections du Centre de musique romantique française. Sans exclure quelques tubes – « Dites-lui », « Ah ! que j’aime les militaires », la lettre de La Périchole – le programme est presque entièrement fait de raretés. Le disque s’ouvre avec un air de La Belle Hélène, mais que l’on n’avait plus entendu depuis 1876, lorsqu’il fut ajouté à la partition pour complaire à Anna Judic, qui s’appropria le rôle-titre.

L’extrait de La Vie parisienne est tout aussi inédit, et ne figurait même pas dans la version « originale » récemment concoctée par le Palazzetto Bru Zane. Et si Le Roi Carotte a déjà été ressuscité, Boule de Neige ou Dragonette restent autant de titres à redécouvrir.

Hervé Niquet et les tempos vifs de l’opéra-bouffe

A la tête du Chœur et de l’Orchestre national des Pays de la Loire, Hervé Niquet opte pour des tempos rapides, ce qui n’étonnera personne : interdit de s’alanguir à la cour de Gérolstein, pas plus que chez le vice-roi du Pérou. On savourera néanmoins les intermèdes symphoniques glissés au milieu de ce parcours, notamment celui de ce Robinson Crusoé que Paris s’apprête à redécouvrir à l’occasion des fêtes de fin d’année.

Pour interpréter la chanson écrite pour la grande Rachel dans Valéria, du temps où Offenbach était chef d’orchestre à la Comédie-Française, il fallait bien faire appel à celle qui fut sacrée « Tragédienne » par trois fois au disque. Maintenant que le disque existe (même s’il dure moins d’une heure, alors que l’on en aurait bien volontiers écouté davantage), il n’y a plus qu’à espérer la scène.

Informations pratiques

  • Compositeur : Jacques Offenbach (1819-1880)
  • Album : Les Divas d’Offenbach
  • Œuvres : Extraits de La Périchole, La Belle Hélène, Valéria, Le Roi Carotte, Boule de Neige, Dragonette…
  • Interprètes : Véronique Gens (soprano), Chœur et Orchestre national des Pays de la Loire, Hervé Niquet (direction)
  • Label : Alpha Classics 1168 (1 CD)
  • Année d’enregistrement : 2023
  • Durée : 56 min

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