Verbier et ses orchestres
En plus d’une programmation de prestige, le Verbier Festival développe un projet pédagogique ambitieux, validé par des concerts orchestraux de très haut niveau.

Crédit photo : Nicolas Brodard
Bien sûr, le Verbier Festival peut s’enorgueillir de présenter chaque année une pléiade de vedettes internationales. Cette trente-et-unième édition affiche ainsi Simon Rattle, Antonio Pappano, Klaus Mäkelä, Vassily Petrenko, parmi les chefs, Evgeny Kissin, Nikolaï Lugansky, Mikhaïl Pletnev, András Schiff, parmi les pianistes, Daniel Lozakovich, Leonidas Kavakos, parmi les violonistes. Mais plus qu’un défilé de luxe, ce village du Valais accueille des dizaines de jeunes musiciens venus parfaire leur formation à travers diverses activités pédagogiques dispensées par des artistes de premier ordre. Les instrumentistes peuvent ensuite faire valoir leur travail dans les concerts des trois (!) orchestres du festival.
Le Verbier Festival Orchestra, étendard de cette politique de formation, profite ainsi de l’expérience de chefs de l’envergure de Simon Rattle, Charles Dutoit et Antonio Pappano. Ce dernier a ainsi dirigé avec autant de générosité que de précision une Symphonie n° 9 de Bruckner qui jamais ne prit en défaut la cohésion des pupitres (les cordes), la sûreté des interventions solistes (flûte, hautbois) ou la plénitude des cuivres (cors, tubas wagnériens, trompettes, trombones, tuba). Dans ce parcours cahoteux entre enfer et paradis, entre doute et conviction, Antonio Pappano sait toujours trouver le ton juste, expressif sans grandiloquence, profond sans lourdeur, contemplatif sans statisme, guidant ainsi avec assurance un orchestre prêt à réagir à la moindre sollicitation. En première partie de concert, le Verbier Festival Orchestra se distingue par l’élégance avec laquelle il dialogue avec Yunchan Lim dans le Concerto pour piano n° 5 « L’Empereur » de Beethoven (nous y reviendrons dans un compte-rendu consacré aux pianistes).
Le calendrier ne nous a pas permis d’écouter le Verbier Festival Junior Orchestra et son chef James Gaffigan, mais il nous a donné l’occasion d’apprécier, une fois encore, le Verbier Festival Chamber Orchestra, constitué d’anciens membres du Verbier Festival Orchestra aujourd’hui intégrés dans quelques-uns des meilleurs ensembles internationaux (Amsterdam, Berlin, New York, Vienne, Zurich). Son directeur artistique, Gábor Takács-Nagy, avait cédé la baguette au jeune Tarmo Peltokoski, 24 ans, chef de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse dès septembre prochain. Le programme très intelligemment conçu réunissait Ravel, Gershwin et Mozart. On sait que le deuxième voulait prendre des leçons auprès du premier qui vénérait le troisième. Belle cohérence. Dans Ma Mère l’Oye, chaque solo (le violon de Rimma Bergeron-Langlois, la flûte de Zofia Neugebauer, le hautbois de Carlos del Ser, la clarinette de Luis Cámara Palomares) dessine un personnage et tout l’orchestre raconte une histoire. La perfection technique de l’ensemble et la direction attentive de Tarmo Peltokski éclairent délicatement la dentelle de Ravel et font passer sur Le Jardin féérique un souffle d’éternité. Après une Rhapsody in Blue, avec Lucas Debargue, qu’on peut imaginer plus enlevée et plus déhanchée, le chef et l’orchestre offrent une Symphonie n° 39 de Mozart de toute beauté, radieuse et optimiste. Tempos prestes mais pas précipités, articulation fine, traits d’archet courts, netteté des attaques, lisibilité de la polyphonie, présence des vents (admirables), subtilité des nuances : Peltokoski a manifestement appris son Mozart auprès des meilleurs spécialistes « historiquement informés » et évite ainsi toute surcharge, sans pourtant négliger l’éloquence.
Si l’acoustique de la salle des Combins, une immense tente rectangulaire, ne peut aider à percer le mystère de l’identité sonore d’un orchestre, elle offre une belle tribune à deux formations emblématiques du Verbier Festival, toujours aussi impressionnantes, années après années.

Crédit photo : Laure Pasche