Pour le dernier concert de sa saison, la Fondation Louis Vuitton a réuni trois artistes emblématiques de leur instrument dans un programme crépusculaire.

Crédit photo : Jean-Michel Molkhou

C’est par une soirée russe que la Fondation Vuitton clôturait sa saison mettant en miroir deux trios d’inspiration funèbre, l’un du tout jeune Rachmaninov, l’autre composé dix ans plus tôt par Tchaïkovski, son modèle. Sur scène, trois solistes accomplis se réunissaient pour la première fois : Daniel Lozakovich au violon, Alexandre Kantorow au clavier et Gautier Capuçon, leur bienveillant aîné, au violoncelle. On ne sait si cette association deviendra pérenne, mais, dès le premier soir, elle parvient à suspendre la respiration d’une salle entière. Dans Rachmaninov, les artistes démontraient une touchante cohésion spirituelle et un pathétisme mesuré, pour livrer l’âme de ce mouvement unique et décousu, jusqu’à sa poignante marche funèbre finale.

Pouvait-on rêver meilleure introduction à l’unique et immense opus 50 de Tchaïkovski, écrit « à la mémoire d’un grand artiste » – en l’occurrence Nikolaï Rubinstein, fondateur du Conservatoire de Moscou, qui venait de s’éteindre à Paris ? Et bien que l’auteur ait longtemps répugné à associer un piano à des instruments à cordes, il allait signer l’un des grands chefs-d’œuvre du genre. Immense par ses proportions comme par son souffle, mais plus encore par l’expression de cette terreur physique de la mort qui n’allait plus jamais le quitter. Kantorow prit d’assaut sa partie, digne d’un concerto en démontrant au clavier son habituelle décontraction avec sobriété et puissance, sans jamais écraser ses partenaires.

Le jeune violoniste, dont l’extrême concentration était visible, fit état d’une maîtrise instrumentale exemplaire, alliant énergie, métrique rigoureuse et intonation immaculée, colorée des timbres suaves du célèbre Stradivarius « Le Sancy », autrefois entre les mains d’Ivry Gitlis. Attentif à ses jeunes collègues, Gautier Capuçon livrait la majestueuse sonorité d‘une basse de même facture, en animant chaque ligne d’un lyrisme généreux mais sans débordement. D’un bout à l’autre des deux mouvements largement développés, on put admirer le geste ample et la cohésion très aboutie des trois partenaires, autant que leur science des climats tant exaltés que mélancoliques. La vaillance générale du ton, le déferlement de virtuosité finale, comme la coda funèbre conclusive allaient imposer un long recueillement à un public envoûté, avant une standing ovation. Celle des grands soirs !

Paris, Fondation Louis Vuitton, le 14 juin.

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