Une Petite Sirène ondoyante et féerique
À Martigues, Régis Campo présente une séduisante version de chambre de son opéra La Petite Sirène où il confronte un imaginaire aquatique à la dureté du réel.

Crédit photo : Opéra Nice Côte d’Azur/D. Jaussein
Après Les Quatre Jumelles inspiré de Copi (2009) et Quai-Ouest d’après Koltès (2014), Régis Campo a choisi, pour son troisième opéra, produit par l’Arcal, d’adapter lui-même La Petite Sirène, ce conte cruel d’Andersen.
Féerie musicale pour petits et grands
Créé en mars 2024 à Nice, cet opéra pour petits et grands, où se déploie la trajectoire fatale d’une créature trop aimante, est présenté pour la première fois dans sa version de chambre à Martigues. Flûte et piccolo, clarinettes, clavier électronique, percussions, violon et violoncelle joués par les six musiciens de l’Ensemble Télémaque sous la direction souple et fluide de Raoul Lay animent cette féerie musicale protéiforme finement ciselée par Régis Campo.
Aux scènes faisant jaillir de purs écrins poétiques aux mélodies cristallines se succèdent des séquences davantage en mouvement, associant l’esthétique répétitive à l’éthos du compositeur féru d’alliages, de citations et d’hybridations que génère son écriture toujours pleine de couleurs et de vitalité. À la mise en scène, au centre du plateau, Bérénice Collet place une grande armoire qui ouvre sur le monde aquatique des sirènes.
Rêve du conte d’Andersen
En préambule, une jeune fille en crise d’adolescence souhaitant changer de vie envisage de fuguer. Elle s’endort, rêve le conte d’Andersen et devient la Petite Sirène. Voix claire et expressive, la soprano Clara Barbier Serrano campe une créature fragile, victime de son amour fatal pour le falot Prince, le ténor Sébastian Monti qui exprime parfaitement la désinvolture de ce personnage superficiel qui ne comprendra pas le drame qu’il provoque.
Clou du spectacle, la mezzo-soprano Marion Pascale Vergez aux aigus affûtés fait une grand-mère et sorcière-sirène projettant tout un éventail de gestes outrés, chantés comme parlés, de l’exclamation à l’affectation et à l’hystérie pour incarner le versant démoniaque de ce personnage retors. Sœur de la petite sirène, Elsa Roux-Chamoux apporte maturité, nuances et douceur lyrique à son rôle de témoin lucide et impuissant dans ce huis-clos du malaise et de l’impossibilté faire vivre dans le réel ses rêves. Tour à tour purement véloce, minimaliste, répétitif, expressif ou en apesanteur poétique, cet opéra aux sonorités étincelantes confirme la singularité de Régis Campo, compositeur instinctif qui sait transmettre l’immédiateté de son univers de fantaisie, où l’imaginaire réserve toujours quelques chausses-trapes.