Une Petite Flûte, opéra jeune public d’après Mozart, mis en scène par Julie Depardieu au Théâtre des Champs-Élysées.

Une Petite Flûte d'après Mozart Pamina et Tamino © David Belugou

Crédit illustration : David Belugou

En ce début d’année 2024, Julie Depardieu endosse pour la deuxième fois le titre de metteuse en scène d’opéra et s’attèle à Une Petite Flûte, adaptation pour enfants de l’œuvre célébrissime du compositeur salzbourgeois, au Théâtre des Champs-Élysées (TCE). Aux yeux de l’actrice passionnée de spectacles lyriques, rien de tel que le dernier opéra de Mozart pour s’initier à la musique classique : « La Flûte enchantée, c’est l’opéra rêvé. Il y a de l’effroi, du beau, du rêve, du comique… Il parle aux enfants, aux adultes et à notre enfant intérieur. » Se méfier des apparences, se confronter aux épreuves pour grandir…, derrière les leçons de vie que l’on peut tirer de ce conte initiatique, méditation sur le passage de l’enfance à l’âge adulte, Julie Depardieu tient à transmettre au jeune public un message plus essentiel encore : « Les musiciens sur scène ont peut-être des opinions opposées et pourraient bien se crêper le chignon toute la journée. Pourtant, ils s’entendent, et c’est beau… Dans un monde où rien ne va, l’opéra est une porte ouverte vers une harmonie possible. »

Participer à l’opéra

Écho jeune public de sa « grande sœur » mise en scène par Cédric Klapisch en novembre 2023, Une Petite Flûte s’inscrit au cœur de l’aventure des opéras participatifs, commencée au Théâtre de l’avenue Montaigne en 2018 avec Un Barbier d’après Rossini.

Chargée depuis des années au sein du théâtre de la coordination jeune public et des opéras participatifs, Isabelle Antoine nous explique : « L’intention est de faire découvrir l’opéra aux enfants de façon interactive et ludique lors d’un spectacle conçu pour eux ». Répondant aux voix de Fabien Hyon en Tamino, de Lauranne Olivia en Pamina ou encore d’Anne-Sophie Petit en Reine de la Nuit, ils sont de la sorte invités à interagir avec les interprètes pour relancer l’histoire sur scène en chantant une partie des airs : des passages de chœur, l’incontournable duo « Papageno-Papagena », le rôle de guide de Tamino… Leurs interventions seront soutenues par l’ensemble Les Siècles et le chef Joël Soichez, habitué des opéras participatifs et du jeune public pour avoir dirigé Un Barbier. Celui-ci ne sera donc pas surpris par l’enthousiasme dans la salle, euphorique comme à un concert de rock.

Grâce à des collaborations avec des écoles à Paris et en région, le théâtre accueillera cette année près de treize mille élèves dans le cadre de représentations scolaires, auxquelles s’ajouteront six représentations tout public adressées aux familles. Or, pour amener ces milliers d’élèves à l’opéra, c’est un véritable arsenal pédagogique qu’il faut déployer, et pour les équipes du théâtre, une telle entreprise a des contraintes de temps importantes : « L’essentiel pour commencer à travailler, c’est d’avoir la décision des moments participatifs. Ensuite seulement, nous pouvons réaliser le dossier pédagogique et enregistrer le CD d’apprentissage des chants, avec Eléonore Le Lamer à la voix et Laura Fromentin au piano », poursuit Isabelle Antoine.

Rendez-vous ensuite en début d’année scolaire, lors de réunions auprès des enseignants pour leur présenter le projet. Des ateliers avec le chef de chant et un pianiste leur sont proposés afin de répéter les airs à apprendre aux élèves, car parmi les deux cents professeurs reçus cette année, tous ne sont pas musiciens. Un temps de formation est donc nécessaire afin de préparer les multiples interventions (chants, percussion corporelle, chorégraphie, interventions en Langue des Signes Française pour tous…). À cet effet, le Théâtre met de nombreux éléments de pédagogie à disposition des élèves et des enseignants : l’histoire d’Une Petite Flûte, le CD piano-chant pour l’apprentissage des airs, des tutoriels vidéo disponibles sur le site du TCE, un atelier pour chanter avec les artistes… Revenant sur la richesse du matériau pédagogique de cette aventure qui permet de toucher des publics très éloignés, Isabelle Antoine développe : « On peut travailler non seulement l’opéra et le chant, mais c’est aussi l’occasion de parler de français, d’histoire ou de réaliser des maquettes en arts plastiques ».

Julie Depardieu à la renverse

À l’âge de 15 ans, l’actrice découvre à la fois
le chant lyrique et Mozart, grâce à un cadeau provenant d’un catalogue par correspondance : Les Trésors de l’opéra.

« Ils sont gonflés ! Ils pourraient se renseigner sur l’âge de leurs clients. Moi, l’opéra, je m’en fiche. » Si elle fait défiler les plages du CD en question, c’est tout d’abord dans l’intention de faire attendre sa mère qui lui demande un service. Jusqu’au troisième air : « La ci darem la mano » dans Don Giovanni
de Mozart.

« Et là, je suis tombée à la renverse ! »

Adapter Mozart ?

Les adaptations jeune public précédemment proposées dans le cadre des opéras participatifs au TCE provenaient généralement de l’As.Li.Co, association italienne lyrique du Théâtre de Côme. Il fallait alors réadapter en français ces productions, mais la création avait déjà été réalisée. Cette année, en revanche, Une Petite Flûte est une production TCE !

Alors comment parvient-on à conter La Flûte aux enfants sans perdre ni l’équilibre de la partition ni la perfection formelle mozartienne ? Pour réaliser ce tour de force, Julie Depardieu, Damien Robert, assistant à la mise en scène, et le chef Joël Soichez ont œuvré ensemble : l’histoire a été recentrée sur l’intrigue principale, une grande partie des coupes a été opérée au sein des dialogues, réécrits pour l’occasion… Quant à la traduction, il a fallu respecter le sens du texte original allemand, la prosodie, les mélodies…, tout en s’adaptant au jeune public. Enfin, pour effectuer les liaisons nécessaires entre certaines scènes et créer le conducteur, Joël Soichez a par ailleurs travaillé avec un arrangeur. « Quand j’étais puriste, il y a vingt ans, je n’aurais peut-être pas tenu ces propos mais aujourd’hui je trouve ces adaptations pour enfants géniales », nous confie Julie Depardieu.

Transmission et accessibilité

Les opéras participatifs sont également l’occasion pour le TCE d’incarner ses valeurs de transmission et d’accessibilité. Ainsi, grâce à l’opération « Amenez une classe à l’opéra », deux mille enfants des Réseaux d’Éducation Prioritaire (REP et REP+) pourront assister cette année à Une Petite Flûte.

 

Quand le plaisir du chant
passe par la vue

Le chansigne est une discipline artistique qui représente visuellement les éléments d’un air (rythme, instruments, poésie…) grâce à une adaptation du texte en langue des signes, aux gestes des interprètes et à des expressions
du visage. Dans le cadre des représentations en Langue des Signes Française (LSF), le TCE a réalisé un travail d’adaptation du texte vers la LSF pour préserver l’esprit de la mise en scène et du livret.

Mais cette médiation en faveur de la diversité et de l’inclusion ne s’arrête pas là. Le Théâtre déploie également des actions sur-mesure à destination d’enfants en situation de handicaps : un procédé d’audiodescription pour les personnes malvoyantes ou aveugles, des séances de toucher de costumes, un atelier de chansigne dans un institut spécialisé dirigé par une enseignante artistique en Langue des Signes Française (LSF), des visites de la salle vide pour se familiariser avec l’architecture…

Un tel programme est notamment permis grâce au mécénat de la Fondation Engie qui soutient la mise en place de ces actions. Le théâtre aimerait désormais continuer de développer ce projet à l’attention d’un public en situation de handicaps psychiques.

C’est donc au cœur d’un programme d’accessibilité et de transmission, orchestré par le TCE, que l’opéra participatif Une Petite Flûte convie chacun et chacune à prendre part au célébrissime opéra de Mozart. Avec son heure d’aventures fantastiques, de voyage en Égypte, de féérie, de princes et de princesses…, cette parenthèse musicale enchanteresse a tout pour plaire au public le plus beau mais ô combien difficile… les enfants !

Pour plus d’informations

Les 29, 30, 31 janvier et 2, 5, 6, 7, 9 février

Théâtre des Champs- Élysées, Paris

Les 16 et 17 février

Théâtre Raymond Devos, Tourcoing

Le 31 mai

Opéra, Reims

Du 7 au 9 juin

Opéra, Bordeaux