L’opus américain La Fanciulla del West de Puccini est donné pour la première fois à l’Opéra de Lyon. La mise en scène, signée Tatjana Gürbaca, offre un spectacle saisissant avec des interprètes toujours plus convaincants.

La fiancée du FW ©JeanLouisFerdinand

Crédit photos : Jean-Louis Fernandez

Trop rarement donnée, La Fanciulla del West ravit par la rutilance d’une partition convoquant Debussy et la musique populaire américaine. Si le lyrisme n’y explose pas, la fréquence des belles envolées ne cesse de soulever notre émotion.

Donné pour la première fois à l’Opéra de Lyon, cet opus américain de Puccini y a suscité un enthousiasme légitime. Peut-être parce que livret-western empreint de bienveillance, et le surprenant portrait de femme qu’il dépeint, console un peu de notre contemporaine inhumanité. Dans ce Far West naïf, tout finira bien malgré la jalousie d’un shérif cynique et de nombreux coups de Colt 45. Minnie, la tenancière au cœur d’or, materne ses hommes, ramassis de brutes querelleuses et avinées aussi promptes au lynchage qu’à la générosité débridée. Minnie est leur maman, leur institutrice, leur confidente, et surtout celle que l’on respecte.

La fiancée du FW ©JeanLouisFerdinand

Tatjana Gürbaca, avec son complice en lumières Stefan Bolliger, a conçu un spectacle visuellement prenant. La scène, éclairée en sépia, semble d’abord un chromo d’époque. Puis les couleurs prennent le dessus tandis que s’anime la masse chorale des chercheurs d’or.

Sous la houlette de Benedict Kearns, le chœur de l’Opéra de Lyon atteint une excellence qui ravissait déjà dans La Dame de Pique et l’Elias de Mendelssohn. Issus de l’Opéra Studio de Lyon, les comprimari sont chacun remarquables ; le Larkens de Pete Thanapat, le Jack Wallace lyrique à souhait de Pawel Trojak, la délicieuse Wowkle de Thandiswa Mpongwana sans oublier le délicat Robert Lewis incarnant Nick, le barman au grand cœur.
Mêmes éloges pour Rafal Pawnuk, le dandy de la Wells Fargo, et l’émouvant Sonora d’Allen Boxer. Le trio de tête impose un chant de première qualité. Jack Rance trouve en Claudio Sgura un baryton qui sait détailler la complexité émotionnelle de l’homme de loi jaloux. Riccardo Massi ne fait qu’une bouchée du flamboyant Dick Johnson, l’amant généreux et solaire, Quant à Chiara Isotton, sa Minnie possède l’homogénéité du timbre, la puissance et les exquises fragilités d’un rôle où la flamboyance racée de Manon Lescaut se marie à la sensualité sacrificielle de Cio-Cio-San. Daniele Rustioni accomplit à nouveau des miracles, incendiant les mélodies arrache-cœur et soulignant toute la modernité d’une partition où s’anticipe déjà Turandot.

Pour plus d’informations