Une Cenerentola sans complexes à Nancy
À Nancy, dans la Cenerentola de Fabrice Murgia, la farce outrepasse le conte de fées.

Crédit photo : Simon Gosselin
Dernier opéra bouffe de Rossini, La Cenerentola (1817) composée en vingt-quatre jours est un véritable feu d’artifice qui n’a rien à envier musicalement au Barbier de Séville. Ce spectacle festif de l’Opéra national de Lorraine ne cherche pas nécessairement la subtilité mais situe plutôt l’œuvre dans un contexte où la farce outrepasse le conte de fées. Le metteur en scène et réalisateur Fabrice Murgia a choisi de mettre l’accent davantage sur les personnages féminins (Angelina possède un fort caractère volontiers contestataire face aux brimades dont elle est l’objet) au détriment des hommes volontiers maltraités et bousculés dans leur relation avec la domination. Aussi bien dans l’hôtel de Don Magnifico que dans le palais princier, les personnages hauts en couleurs hérités du monde gothique de Carrie ou de la Famille Addams s’agitent au sein d’un univers cinématographique très chargé avec force monstres et zombis. La présence constante de caméras filmant à contretemps dans un miroir certains détails de la scénographie – voire la fosse et son chef – alourdissent le propos. Beaucoup de références et de gags comme la casquette de Trump sur la tête de Don Magnifico au début du premier acte.
En Angelina, la mezzo-soprano Beth Taylor, à la prestation électrisante et la puissance d’intonation sans fard, s’impose en particulier par son registre colorature éblouissant et sa manière de se lover dans les états d’âme les plus contrastés (scène finale de la réconciliation). À ses côtés, ses deux demi-sœurs (la Clorinda d’Héloïse Poulet et la Thisbe d’Alix Le Saux) possèdent toute la morgue, la prétention ou la méchanceté voulue ainsi qu’une fluidité vocale sans défaut. En père, le rabelaisien Don Magnifico du baryton hongrois Gyula Nagy compense par son jeu caricatural certaines faiblesses dans la ligne de chant, ce qui n’est pas le cas du ténor Dave Monaco, prince Don Ramiro à l’assurance et l’aisance confondantes. La gouaille d’Alessio Arduini, un rien appuyée dans le rôle du valet Dandini, et le timbre très léger de Sam Carl, en philosophe Alidoro, complètent ce casting haut en couleurs.
Une connaissance fine du style rossinien
Dans la fosse, véritable maître d’œuvre de l’action, le chef Giulio Cilona anime cette production, témoignage d’une connaissance fine du style rossinien. Il parvient à dégager nombre de détails instrumentaux et ne perd jamais de vue le sens de la progression ni les moments de pure émotion. L’Orchestre de l’Opéra national de Lorraine fait feu de tout bois avec une splendide pâte sonore, une petite harmonie colorée et des cordes homogènes qui montrent, dès l’ouverture, une vivacité de ton réjouissante dans les accélérations dynamiques voulues par Rossini. En dépit de quelques décalages, les chœurs préparés par Guillaume Fauchère sont partie prenante de cette réalisation haute en couleurs. Le public fait un triomphe à cette Cenerentola qui, sans éviter la surcharge et la transgression, peut séduire par son caractère jubilatoire.
Pour plus d’informations
Nancy, Opéra national de Lorraine, le 13 décembre