Un Turc chez Tati

Par |Published On: 19 décembre 2024|

Laurent Pelly et ses complices offrent un trépidant Turc en Italie à Lyon.

Le Turc en Italie ©Paul Bourdrel

Crédit photo : Paul Bourdrel

À l’Opéra de Lyon, les fêtes de fin d’année pétillent comme un bon Lambrusco, à savourer en feuilletant des romans-photos. Tel est le parti pris par Laurent Pelly et ses complices pour ce trépidant Turc en Italie. Bien qu’il ne soit pas le bouffe le plus représenté de Rossini, et que les grandes arias y mettent du temps à fleurir, le théâtre y est constamment frénétique. Avec une mécanique à la Jacques Tati, un humour irrésistible, des gags visuels et un intense travail d’acteurs, la soirée roule à un train d’enfer.

Dans un pavillon années 1970, Fiorilla, belle plante fatiguée par la tondeuse à gazon et le tuyau d’arrosage de son époux Geronio, noie son ennui dans les romanze a fumetti. Prosdocimo, le voisin d’à côté, un scénariste en peignoir vert et aux cheveux gras, les observe, en quête d’un sujet. Voilà qu’émerge –littéralement– d’entre les pages de papier glacé un avenant Sélim : torse nu, crâne rasé, moitié macho, moitié benêt. La suite est prévisible : tromperie et humiliation (consentie) des hommes, un peu aidées par Zaida, une jalouse échappée d’un précédent sérail.

Réglé au cordeau

Tout est réglé au cordeau et ne laisse aucun répit aux interprètes qui se régalent autant que nous. Sarah Blanch, soprano très agile, incarne une Fiorilla piquante et coquette. Son air de bravoure, Squallida veste, e bruna est magnifiquement enlevé. Son sigisbée, le ténor Alasdair Kent, possède le métal du parfait rossinien. Renato Girolami dévore le chant syllabique avec aisance, tandis qu’Adrian Sampetrean campe un Turc pourvu de basses confortables. Si Florian Sempey ne dispose d’aucun aria pour se mettre en valeur, sa seule présence assure la vis comica de l’œuvre.

Venus du Lyon Opera Studio, Filipp Varik (Albaza) et Jenny Anne Flory (Zaida) sont remarquables, tenant la cadence imposée par la direction très vive de Giacomo Sagripanti. Le public, ravi, en redemande. Vu la diversité des âges et des classes sociales visibles sur place, seuls des édiles ignorants peuvent encore prétendre que l’opéra est un divertissement élitiste devant être soumis à l’élagage budgétaire.

Pour plus d’informations

Opéra de Lyon, le 13 décembre.