L’Opéra de Rouen Normandie a offert à son public une jolie production de Tancrède de Rossini.

Tancrède ©Marion Kerno / Agence Albatros

Marina Monzó en Aménaïde. Crédit photo : Marion Kerno / Agence Albatros 

Dans un décor noir et or, Pierre-Emmanuel Rousseau, pourvoyeur de belles images, dispose un cheval à terre, une croix, des bougies funèbres, un reliquaire. Autant d’artefacts renvoyant à la Sicile morbide du XVIe siècle. Nonnes et évêques sombres évoluent dans cet univers oppressant. Si l’intrigue de Tancredi, d’après une tragédie de Voltaire, (ici dans sa version Ferrare 1813) finit mal, nous sommes chez Rossini et cela résonne comme une lutte de belcantistes heureux. On trouve, dans le rôle d’Argirio, le ténor vaillant et clair de l’Argentin Santiago Ballerini. Il lui est beaucoup demandé, au risque d’une certaine fatigue finale. Les seconds rôles sont brillamment distribués. Le félon Orbazzano est dévolu à la basse Giorgi Manoshvili.

Des solistes amoureusement respectés

On reste frustré que la partition ne fasse davantage honneur à ses capacités plus que prometteuses. En Isaura, Juliette Mey est bien la révélation lyrique 2024. Le fruit du timbre, le legato, l’élégance retiennent sans cesse l’attention. Dans les deux rôles principaux, l’Aménaïde de Marina Monzo impose sa vaillance bien que l’émission soit constamment en force.

En Tancrède, Teresa Iervolino propose un timbre chaleureux, sans les chaudes rondeurs que l’on attendrait. Tous sont portés par la direction attentive de George Petrou, champion du baroque, venu remplacé au pied levé Antonello Allemandi. Après une ouverture un peu raide, l’orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie offre un écrin tout confort à des solistes amoureusement respectés.

Si l’on a été surpris par les tempos bien modérés de « Di tanti palpiti », les couleurs des bois et des vents, le mordant des cordes déploient un Rossini chatoyant d’émotion. De quoi s’ajuster à cette jolie production qui séduit sans déconstruire.

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