Un Or du Rhin sans éclat à Bastille

Par |Published On: 31 janvier 2025|

À l’Opéra Bastille, L’Or du Rhin de Calixto Bieito laisse une impression d’incomplétude.

L'Or du Rhin ©Herwig-Prammer/OnP

Crédit photo : Herwig-Prammer/OnP

Calixto Bieito installe L’Or du Rhin dans un contexte d’envahissement numérique de l’univers humain, symbolisé par des réseaux de câbles que porte Alberich comme des ailes noires sur son dos et qui font de Nibelheim un foutoir pour Big Data. Ajoutons l’IE et ses créatures humanoïdes, ici une Gisela – dixit la fiche de distribution – montrée façon Pietà avant de finir abandonnée au sol… Mais Bieito ne fait rien de ce contexte et revient à l’or wagnérien sous forme d’un lourd collier, qui passera du cou du nain à celui du – prétendu – dieu, et de pièces qui couvriront maladroitement le corps de Freia.

Le manque d’unité se retrouve dans les personnages d’un aujourd’hui décrit par leurs costumes disparates, des tenues de plongée avec bouteilles pour les Filles du Rhin à la tenue texane pour Fafner en passant par la robe du soir chic pour Fricka.

Et ce n’est pas la direction d’acteurs qui suscitera un théâtre magnétique, violent et cruel au niveau des enjeux annoncés par la dramaturge de service : on s’ennuie ferme. La pauvre Freia ne s’en remettra pas, qui choisit le parti de Loge pendant une Entrée des dieux au Walhalla avec ouverture de la façade pour le lent basculement d’un escalier imposant, encombré de réseaux, qui dévoile en guise de splendeurs des lustres façon Palais du peuple à Berlin-Est naguère, avant de se refermer sur ce qui sera la prison des dieux.

Équipe vocale disparate

Un beau trio de naïades au Rhin, un Alberich (Brian Mulligan) au timbre velouté sans rien pour l’impact de sa malédiction, un Wotan, Iain Paterson – remplaçant Ludovic Tézier, grippé – pro, mais déjà fatigué sur la durée au précédent Ring en 2020, un Loge (Simon O’Neill) sans vrai relief. Kwangchul Youn reste un superbe Fasolt, Mika Kares un Fafner arrogant, Florent Mbia offre un beau Donner, comme Matthew Cairns un séduisant Froh, et Gerhard Siegel demeure un authentique Mime. Si Marie-Nicole Lemieux n’a pas les ombres profondes d’Erda, Ève-Maud Hubeaux a tout le mordant fâché pour Fricka.

Est-ce la production ou une certaine retenue de la direction d’orchestre qui fait que rares sont les grands moments d’investissement vocal ? Car dans la fosse, Pablo  Heras-Casado a choisi le cursif, le narratif, la fluidité et la dynamique. Cela emporte le Rhin (magnifique Prélude), et les premières scènes (l’arrivée des géants impressionnante), mais n’atteint pas sa plénitude en définitive même si l’orchestre s’offre instrumentalement magnifique. Là se trouve le foyer d’intérêt de la soirée. Mais l’impression de réelle incomplétude du projet scénique finit par contaminer ce plaisir.  Qu’en sera-t-il avec La Walkyrie l’an prochain ?

Pour plus d’informations

Paris, Opéra Bastille, le 29 janvier.

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