Aborder Beethoven en se tournant vers ses contemporains dispense un éclairage rare et précieux.

« The Beethoven Connection »
Sonates de Wölfl, Clementi, Hummel et Dussek
Jean-Efflam Bavouzet (piano)
Chandos CHAN20128. 2019. 1 h 22

Maître incontesté du répertoire classique (Haydn, Mozart, Beethoven), Jean-Efflam Bavouzet vient encore exploiter cette mine intarissable. Avec déjà plusieurs intégrales, le pianiste dresse quatre portraits de contemporains de Beethoven, longtemps éclipsés par son ombre imposante. À l’instar de ses précédents enregistrements couverts d’éloges, ce premier volet d’un projet passionnant rappelle avec quel esprit curieux et quelle énergie inépuisable il investit ces passionnantes découvertes. Quelle formidable révélation que la sonate de Joseph Wölfl dont la vitalité remarquable, valorisée par une sonorité très travaillée, rend hommage au rival de Beethoven aujourd’hui totalement négligé ! Si la maigre discographie comporte déjà une excellente version signée Jon Nakamatsu (Har monia Mundi), le pianiste français fait montre d’un style plus théâtral et pénétrant, qui anime aussi les sonates de Johann Nepomuk Hummel et de Jan Josef Dussek dont les univers poétiques approchent la lisière du romantisme.

Les pianistes séduits par l’envoûtante Sonate « Didone abbandonata » de Muzio Clementi reculent devant celle en la majeur du même Opus 50 dont les proportions imposantes (plus de vingt minutes) et la juxtaposition invraisemblable de maestoso et sentimento du premier mouvement intimident. Bavouzet, lui, relève le défi avec brio comme il sait le faire. Devant la roche brute de cette sonate, faite de matière dense, le pianiste taille au burin sans ternir l’éclat de l’œuvre, la restituant dans sa beauté majestueuse et expressive. On trouvait, certes, précision et perspicacité du jeu dans les gravures admirables de Howard Shelley (Clementi, Hyperion) et de Stephen Hough (Hummel, Hyperion), mais Bavouzet va plus loin grâce à un formidable sens de l’improvisation, accompli dans des ornements surprenants et une spontanéité permanente du discours qui donnent aux œuvres une âme et une vie. Les passionnés de Beethoven trouveront ses traces dans un titre bonus et dans le livret érudit rédigé par Marc Vignal. Mais l’absence du maître de Bonn n’est pas à regretter car cette quête, menée sous l’autorité suprême de Jean-Efflam Bavouzet, permet de redécouvrir des compositeurs visionnaires injustement oubliés.