Un Falstaff un peu mince

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Published On: 13 janvier 2026|
Temps de lecture : 2 minutes

Tout comme Aïda ne peut pratiquement plus être noire, Falstaff ne peut plus être en surpoids : alors même que le livret accumule les évocations de son énormité, le péché de grossophobie ne saurait plus être toléré sur les scènes lyriques. Pour sa mise en scène à Montpellier de l’ultime chef-d’œuvre de Verdi, initialement conçue en 2020 et déjà reportée deux fois, David Hermann imagine donc Sir John svelte, la taille plus fine même que certains protagonistes, habitant un quartier défavorisé alors que les Ford se prélassent dans une ville avec piscine.

Alice semble ravie de recevoir une lettre de Falstaff, et le dernier tableau tourne un moment en un affrontement entre hommes et femmes dans lequel le « Chasseur noir » est complètement oublié. Quand Ford se demande s’il est dans le rêve ou la réalité, la vidéo vient animer de couleurs et de mouvements le décor en contreplaqué, mais quelques éléments incongrus étonnent : Alice croit-elle vraiment que Falstaff est dans la petite jarre posée au milieu de la scène ?

Une distribution inégale malgré de belles réussites

On fermerait les yeux sur ces détails si la distribution était plus homogène, mais tous les artistes ne se révèlent pas à la hauteur des enjeux. Kevin Amiel, déjà Fenton dans la mise en scène de Denis Podalydès à Lille, et Julia Muzychenko forment un ravissant couple d’amoureux. Yoann Le Lan est un luxe en Caïus (ce rôle a-t-il jamais été aussi bien chanté ?) mais si Loïc Félix est un Bardolfo truculent, David Shipley semble plus en retrait en Pistola.

Parmi les commères, on regrette que Marie Lenormand ne soit pas toujours assez sonore en Meg Page, et l’on voudrait que Kamelia Kader, aux graves impressionnants, soit plus présente dans le reste de la tessiture, mais Angélique Boudeville ne fait qu’une bouchée d’Alice, habituée qu’elle est aux héroïnes belcantistes.

Si le Ford d’Andrew Manea, malgré un beau timbre, semble moins à l’aise dans l’aigu, le vrai point litigieux reste le rôle-titre : Falstaff a été écrit pour une grande voix, et Bruno Taddia, virevoltant comédien, reste un baryton de caractère, insuffisant dans le grave comme dans le falsetto, régulièrement couvert par l’Orchestre national Montpellier Occitanie que dirige un Michael Schønwandt familier de longue date de cette partition.

Montpellier, Opéra-Comédie, le 9 janvier.

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