Tristan et Isolde à Liège : le mort se rappelait tout

Par |Published On: 30 janvier 2025|

Dans son Tristan et Isolde à Liège, le metteur en scène Jean-Claude Berutti se prend les pieds dans le tapis.

L. Haroutounian - M. Weinius -T. Hellin © J Berger - ORW-Liège

L. Haroutounian, M. Weinius et T. Hellin. Crédit photo : J. Berger/ORW-Liège

L’opéra comme flashback, voilà qui n’a rien de nouveau. Mais en appliquant la formule à Tristan et Isolde, Jean-Claude Berutti se prend un peu les pieds dans le tapis, puisque le Tristan qu’on nous montre d’emblée en fauteuil roulant (un comédien), se remémorant son idylle avec Isolde, voit mourir son double chanteur au troisième acte, mais survit ! Et si Isolde est une infirmière, tandis que Marke et Kurwenal sont des médecins, qui étaient-ils auparavant ?

Dans la fosse, l’orchestre maison se débat avec un répertoire qu’il ne fréquente guère (les dernières représentations de l’œuvre à Liège remontent à 1926 !) et Giampaolo Bisanti, malgré toute sa bonne volonté, ne peut lui enseigner en quelques semaines toute la subtilité de l’écriture wagnérienne.

Quant à la distribution, elle est très inégale, pour le moins. Le Tristan de Michael Weinius (qui tenait le rôle à Bastille en 2023) est désespérément prosaïque, le Marke d’Evgeny Stavinsky, Ondin de Roussalka ici même l’an dernier, manque terriblement d’émotion, mais le Kurwenal de Birger Radde est d’une énergie qui fait plaisir à voir et à entendre. Les appels de Brangaene mettent cruellement à nu le large vibrato de Violeta Urmana. Quant à Lianna Haroutounian, qui s’est jusqu’ici surtout illustrée dans le répertoire verdien et puccinien, mais qui entame un net virage vers l’opéra allemand, elle accomplit une fort intéressante prise de rôle, et l’on espère que l’appropriation progressive du rôle lui permettra de s’y épanouir avec encore plus de nuances.

Pour plus d’informations

Richard Wagner, Tristan et Isolde, Opéra royal de Wallonie – Liège, le 28 janvier