Tristan et Isolde à Bayreuth

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Published On: 14 septembre 2024|
Temps de lecture : 3 minutes

À Bayreuth, la production de Tristan et Isolde par Thorleifur Örn Arnarsson reste sans magie. L’ennui s’évapore grâce aux chanteurs qui s’emparent de l’œuvre.

Tristan à Bayreuth © Enrico Nawrath

Crédit photo : Enrico Nawrath

Depuis Wieland Wagner, Tristan et Isolde est à Bayreuth un marqueur décennal de tendance. Perturbations Covid obligent, le Tristan de Roland Schwab, improvisé, inattendu, renvoyant à une lecture esthético-symbolique en totale opposition avec les précédentes productions, marquait un retour à une conception moins radicale de l’œuvre que Christoph Marthaler ou Katharina Wagner. Il n’aura été donné ces deux dernières années qu’en bouche-trou, pour un total de quatre représentations ! Comment marquer alors ?

Production de Thorleifur Örn Arnarsson

Nouveauté de cette cent douzième édition, la production de l’islandais Thorleifur Örn Arnarsson, qui a déjà à son actif Lohengrin, Siegfried, Parsifal en Allemagne, se tourne elle aussi vers le passé, tout en distordant le récit. Au premier acte, le plateau noir évoque par sa nudité ceux de Wieland Wagner, mais sans que la quinzaine de cordages réalistes qui pendouillent alentour n’aient la moindre dimension symbolique d’un voyage vers la mort. Isolde, au centre droit, est engoncée dans une immense robe corole blanche qui l’emprisonne, comme chez Ponnelle en 1982, qui l’exploitait mieux : elle passera l’acte à s’en extraire, pour la remettre maladroitement après l’avoir malmenée. C’est qu’elle porte, écrite, sa colère, sa vengeance, son amour. Contraste, à l’acte II, le capharnaüm d’une nef /cabinet de curiosités, signé de Vytauras Narbutas, remplace le jardin en noyant dans son fatras visuel une action mal éclairée par Sascha Zauner, peu lisible, et qui le restera tout l’acte suivant dans le même décor, mais éclaté – renvoi à la décharge de Heiner Müller ? Cela restera sans magie aucune. Encombrement, manque de lisibilité, absence de direction d’acteurs forte – les amants ne se touchent pas, ne se regardent qu’à peine – du peu d’action ne ressort, hors l’ennui, qu’un fait nouveau : les amants libérés par l’arrivée imminente de Marke refusent de boire le philtre de mort attendu. C’est au final de l’acte II que Tristan, faute d’épée de Melot pour le blesser mortellement, l’absorbera, tandis qu’Isolde fera de même pour s’effondrer à ses pieds, à Karéol, prosaïsant sa mort et transfiguration.

À la baguette

Dans la fosse officie Semyon Bychkov. On devine le geste large, on entend la battue étirée à l’extrême, suscitant un son d’orchestre de toute beauté, jusqu’à la saturation. Mais pour Tristan, cela ne saurait suffire : manquent le dramatisme, la tension, le nerf, qu’un Böhm y mettait, urgents. Splendeur hédoniste, certes, mais qui devient à son tour vecteur de non-théâtre.

La distribution

La distribution semble n’y rien pouvoir. Excellence de la Brangaene attachante de Christa Mayer, aux Appels  somptueux, face à la rocaille un peu fatiguée du Kurwenal d’Olafur Sigurdarson. Le Marke de Gunther Groissböck sonne comme privé de timbre, de profondeur, d’ambitus, et de présence. Seconds rôles sans défaut. Restent Andreas Schager, Tristan aux moyens exceptionnels, qui s’impose en volume, en maîtrise de la ligne, sinon en beauté formelle du chant, dominant l‘Isolde de Camilla Nylund, en voix superbe, et plus pénétrée de son rôle que souvent, mais pas fascinante. On s’apprête après un Prélude du III à patienter tout l’acte, mais Schager s’y offre une défonce vocale absolue qui s’empare de la salle pour un moment de feu d’exception. Et Nylund conclut par une Liebestod magnifique – à une note près, sans dommage sensible. L’ennui s’est évaporé, car les chanteurs se sont emparés de l’œuvre l. C’est déjà énorme !

Pour plus d’informations

Bayreuth, Festspielhaus, le 26 août.

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