La saison du ballet de l’Opéra de Paris s’est ouverte dans un mélange de genres audacieux.

Crédit Photo : Julien Benhamou/OnP

Costumes en latex, lumières flashy, vibrations électro… La saison du ballet de l’Opéra de Paris s’est ouverte dans une ambiance détonante, plus proche de Bercy que du palais Garnier : pas de pointes ni de tutus (sauf pour le traditionnel défilé de la compagnie), mais une tonalité résolument contemporaine et féminine, avec trois ballets tous conçus par des femmes. La première, Marion Motin, comète éclectique tombée du hip-hop, ancienne danseuse de Madonna, ouvre le bal dans un mélange des genres audacieux : The Last Call (« le dernier coup de fil », hommage à son père disparu) débute sur un appel tragique qui dévaste la vie d’un homme et le projette dans cet abîme où on se débat après la perte d’un proche. Suit une errance dans ses pensées blessées où il croise des figures imprécises, l’ange de la mort, des âmes consolatrices, franchissant les étapes du deuil et, sans doute, de l’acceptation.

Sur la musique de Micka Luna, Marion Motin transforme ce thème douloureux en une chorégraphie métaphysique et baroque – mouvements vifs très ancrés dans le sol, déhanchements nerveux – où les danseurs (habillés par Arthur Avellano), tels les ombres de Cocteau, disent le dérisoire de notre condition mais aussi la vitalité rémanente du désir. Dans le deuxième ballet, Horizon, la créatrice Xie Xin, très honorée en Chine, propose, nous dit-elle, une douce variation sur les mirages de la nature∘: des couples, constamment noyés dans le brouillard – effet de mise en scène éculé –, tournoient au ralenti avec force lancers de bras dans un décor d’aquarelle. C’est au mieux poétique, au pire ennuyeux. Il fallait donc, au final, la reprise de l’explosif Seasons’ Canon de Crystal Pite (créé à Garnier en 2016) pour réveiller la salle. Sur les crescendos des Quatre Saisons de Vivaldi habilement recomposées par Max Richter, cinquante-quatre danseurs agrégés en un seul corps se meuvent en vagues puissantes, matière organique qui évolue, se différencie comme aux origines de la vie, petits humains fragiles qui expérimentent la solitude, la liberté peut-être. Je l’avais dit ici, je le confirme : chef-d’œuvre ! Crystal Pite impose un style époustouflant, une force d’expression ravageuse qui prouve, s’il en était besoin, qu’un ballet réussi est, bien plus qu’une simple esthétique, une plongée dans les profondeurs de nos âmes.

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