Torride Iphigénie

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Published On: 2 octobre 2024|
Temps de lecture : 3 minutes

Le théâtre des Margraves de Bayreuth honore cette année encore l’art lyrique de Nicola Porpora, Iphigénie en Aulide.

Iphigénie à Bayreuth ©©-Falk von Traubenberg

Crédit photo : Falk von Traubenberg

Chaque saison ou presque, le théâtre des Margraves de Bayreuth honore l’art lyrique de Nicola Porpora. Après Carlo Il Calvo puis Polifemo (en version concert), voici une nouvelle première mondiale, l’Ifigenia in Aulide donnée à Londres par la troupe de l’Opera of the Nobility. Haendel et Porpora, institués champions de la politique anglaise, l’un au nom de George II, et l’autre au nom du prince de Galles, s’affrontaient à coups de chefs d’œuvre et de chanteurs exceptionnels. En 1735, l’année d’Ariodante, Porpora menait le match, disposant, pour son Ifigenia, de Farinelli (Achille), du Senesino (Agamennone), de la Cuzzoni (Ifigenia) et de Montagnana (Calcante). Son rival ne pouvait lui opposer « que » Carestini (Ariodante) et Anna maria Strada del Pò (Ginebra). C’est dire les difficultés vocales que les interprètes actuels affrontent.

La partition, exhumée à Londres, trouve, en Christophe Rousset et ses Talens Lyriques, des archéologues attentionnés. Dès l’ouverture, la noblesse et la solide carrure du contrepoint sont rendues par des cordes souples et une phalange de vents ductiles. L’orchestre donne à chaque chanteur l’espace où déployer ce bel canto baroque signé de son plus grand maître. Porpora a particulièrement choyé son élève favori, Farinelli avec trois arias de toute beauté, notamment au premier acte (« Nel già bramoso petto ») et au troisième (« Le limpid’ onde »). Les capacités spécifiques de Farinelli, la tendresse de son timbre et un souffle exceptionnel sont magistralement incarnées, notamment dans les cadences, où Maayan Licht excelle. Si l’instrument vocal du sopraniste israélien ne possède pas la projection des Fagioli, Mehta ou Cenčić, il maîtrise la palette des sbalzi, ribattiture, gorgheggis et portamenti. L’avenant Nicolo Balducci campe un Ulisse matamore ne faisant qu’une bouchée de son brillantissime « Svolgi l’impeto al valore ».

Le livret

Le livret narre le sacrifice de la fille du roi de Mycènes, Iphigénie, nécessaire au départ des vaisseaux pour la Guerre de Troie. Clitennestra, à qui Mary-Ellen Nesi prête son mezzo cuivré, est ici encore amoureuse d’Agamemnon et c’est au grand prêtre Calcante de porter la méchanceté des dieux réclamant une victime humaine. Ricardo Novaro, vétéran des barytons baroques, aussi terrible sacerdote qu’il est, ailleurs, pétillant Papageno, occupe une place de choix dans le livret de Paolo Antonio Rolli. Il s’oppose à Achille durant le furieux duo concluant le deuxième acte (« Per cader de’i Numi all’are »). Iphigénie est généreusement pourvue d’arias tendres et tristes, honnêtement rendues par Jasmin Delfs.

Les interprètes

Max Emanuel Cenčić est un père déchiré. La puissance et les couleurs de son instrument, désormais alto, semblent bonifiées par les ans. Il signe également la mise en scène vintage, choisissant d‘illustrer le thème plutôt que de le transposer dans un autre espace-temps, comme on a pu le voir ici-même avec Flavio (2023) ou Alessandro nell’Indie (2022). On a donc droit à une Grèce archaïque et nue, (les figurants sont dans le plus simple appareil), à des divinités totémiques et à un carnyx gaulois. Un système de panneaux amovibles fait apparaître tantôt un fond abstrait, tantôt la sanguine d’un Sacrifice d’Iphigénie attribuable à Tiepolo, ou à Solimena, unique clin d’œil baroquisant à la plus somptueuse des salles d’opéra de cour.

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