La vérité sur les idées fausses

Published On: 3 novembre 2025|
Temps de lecture : 2 minutes

 

Pour des raisons économiques, écologiques, politiques, stratégiques, éthiques, artistiques, souvent dogmatiques et pas très scientifiques, l’opéra est menacé. Avec la conviction du fin connaisseur et la plume affûtée du passionné, Jean-Philippe Thiellay part en croisade contre les idées fausses qui obscurcissent l’horizon lyrique.

Il ne plairait plus à personne, serait ringard et kitsch, toujours pareil, misogyne, raciste, pas fun, pour les gays, trop cher, trop subventionné, pas écologique… La liste est longue. Quarante-sept reproches adressés à l’opéra, qui sont autant d’idées fausses que Jean-Philippe Thiellay, tel un fier chevalier de la cause lyrique, est bien décidé à battre en brèche.

Un plaidoyer passionné pour l’opéra

Il ne s’agit pas du simple appel d’un amateur, mais du discours d’un professionnel qui fut directeur général adjoint de l’Opéra national de Paris et président du Centre national de la musique, qui argumente, chiffres à l’appui, chacun de ses propos. La situation est grave, il en convient et avait déjà « sonné l’alarme face à une triple crise, économique, sociétale et esthétique » dans un L’opéra s’il vous plaît paru en 2021 aux Belles Lettres. « Quatre ans plus tard la situation a empiré » annonce d’emblée l’auteur constatant que « les budgets se resserrent, les programmations se réduisant comme peau de chagrin en France et ailleurs ».

Un essai entre humour et rigueur critique

Après avoir signalé les ravages du mal et même anticipé de nouvelles menaces (« un Elon Musk à la française qui sabrera dans toutes les dépenses non productives »), Jean-Philippe Thiellay propose d’y remédier en identifiant ses racines, généreusement nourries par ces « idées fausses ». L’ignorance, le mépris (les deux vont souvent de pair), les partis pris, les ragots paresseusement colportés, participent à ce bruyant concert de sifflets qui voudraient renvoyer l’opéra dans ses loges.

De la musique larmoyante de Puccini aux chanteurs acteurs pathétiques en passant par le baroque mortellement ennuyeux, l’auteur ne nous épargne, souvent avec humour, aucunes des âneries assénées par ceux qui n’ont sans doute jamais mis un pied à l’opéra. Sa défense n’a cependant rien d’une béate et sourde admiration : certains passages « pompiers » et autres facilités « en particulier dans l’opéra italien et français du XIXe siècle », pas plus que la faiblesse de certains livrets qui accumulent « clichés et invraisemblances » ne sont heureusement pas ignorés.

La lecture, stimulante et riche d’enseignements, de cet ouvrage peut se doubler de l’écoute des podcasts « Opéra et préjugés » que Jean-Philippe Thiellay a conçus pour France Musique et permet à chacun de faire le point sur son rapport avec cet art qui, plus de quatre siècles après son invention, n’a pas dit son dernier mot ni sa dernière note.

Jean-Philippe Thiellay ©Tancrède Thiellay

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