Génie du paganisme ?
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Ce nouvel enregistrement de Theodora de Haendel signé Leonardo García Alarcón pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Et laisse perplexe.
Leonardo García Alarcón cherche-t-il à propager un message à la gloire du paganisme ? À écouter ce nouvel enregistrement de Theodora, on pourrait se le demander, bien que le chef soit originaire d’Amérique latine, continent qui compte encore le pourcentage de catholiques le plus élevé. L’oratorio de Haendel oppose assez clairement les Romains qui célèbrent le culte de Vénus autour de leur empereur Valens aux chrétiens persécutés qui se voient infliger les derniers outrages.
C’en est peut-être un de plus que d’avoir coupé le magnifique premier air d’Irène, « Bane of virtue » : s’il y a une raison musicologique à cette suppression, on aimerait la connaître, d’autant que, pour le reste, la partition semble donnée dans son intégralité. L’Orchestre Millenium fait dans le beau son, sans paraître très concerné par le drame. Le Chœur de chambre de Namur, qui obéit sans doute aux instructions du chef, ne souligne pas de manière très nette la différence entre les « bons » et les « méchants », les païens semblent plutôt sympathiques dans leur polythéisme souriant, tandis que l’on reste assez indifférent au sort des chrétiens un peu tièdes dans leur ferveur.
Une distribution vocale inégale
L’équipe de solistes ne dément pas vraiment cette impression. Une vidéo accessible sur Internet montre que, le soir du concert donné en juillet 2023 dans le cadre du festival de Namur, Didymus fut chanté in extremis par l’excellent Paul-Antoine Bénos-Djian : hélas, au disque, c’est bien le titulaire initialement prévu que l’on entend, l’Américain Christopher Lowrey, aux intonations assez insupportablement maniérées et aux notes tenues parfois bien plates. Dans le rôle-titre, Sophie Junker n’émeut pas toujours autant qu’on le voudrait ; avec son timbre opulent, Dara Savinova paraît plus à l’aise dans la véhémence que dans l’émotion. Andreas Wolf est un Valens solide et majestueux qui évite toute caricature, ce qui contribue encore un peu plus à redorer le blason des païens, tandis que Matthew Newlin, virtuose et sensible, campe un superbe Septimius, ce non-chrétien qui se montre néanmoins plein de compassion envers les membres de la secte honnie. Alors, vivent les païens ?
Informations pratiques
- Compositeur : Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
- Œuvre : Theodora
- Interprètes : Sophie Junker (Theodora), Christopher Lowrey (Didymus), Dara Savinova (Irène), Matthew Newlin (Septimius), Andreas Wolf (Valens), Chœur de chambre de Namur, Orchestre Millenium, Leonardo García Alarcón (direction)
- Label : Ricercar RIC485 (3 CD)
- Dates d’enregistrement : 2023
- Durée : 2 h 46 min
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