Baptiste Charroing : «  Faire évoluer la maison sans la dénaturer »

Published On: 24 mars 2026|
Temps de lecture : 5 minutes

Le directeur général du Théâtre des Champs-Élysées Baptiste Charroing présente sa prochaine saison qu’il souhaite inscrire entre renouveau et affirmation d’une identité forte.

Avant d’évoquer la saison à venir, attardons-nous sur la présente. Elle n’est certes pas encore terminée mais indique-t-elle quelques tendances ?

Globalement, elle apporte une grande satisfaction. On avance sur tous nos objectifs et on peut même dire aujourd’hui que – il faudra le confirmer d’ici la fin de saison – on n’aura jamais eu autant de monde. La fréquentation croît. Nous sommes à 10% d’augmentation sur tous les objectifs depuis le début de saison. Je sais que nous ne sommes pas les seuls à l’annoncer. Un intérêt du public pour la chose musicale classique se manifeste.

Le Théâtre des Champs-Élysées a déployé des efforts pour proposer à ses spectateurs davantage qu’un simple concert. Venir au spectacle ou au concert, ce n’est pas seulement venir écouter un artiste ou une œuvre, c’est aussi prolonger cette œuvre. Cela se traduit par le réaménagement d’espaces de convivialité destinés à favoriser l’échange et le débat autour du spectacle. À cet effet, la durée de l’entracte a été allongée de dix minutes pour atteindre la demi-heure. Et on peut constater également que le public arrive souvent plus tôt avant le concert. Le concert classique peut aussi passer pour une forme de refuge à une époque où nous sommes toujours pressés et connectés. Donner du temps à une activité de concentration, c’est quelque part une hygiène de l’attention mais aussi une expérience personnelle.

Baptiste Charroing, directeur général du Théâtre des Champs-Élysées 

Les aménagements de l’espace ont donc eu un effet sur la durée du temps passé au théâtre ?

Oui car l’architecte Constance Guisset a très bien compris les enjeux et a su trouver des solutions pour permettre de créer ces îlots de convivialité qui sont très appréciés à en croire les retours du public. Il y a encore la possibilité d’investir les étages supérieurs. Ce sera chose faite dans les années à venir.

Ce n’est pas un secret que signaler la fragilité de l’économie de la culture. Comment l’avez-vous perçu ?

Tout simplement par la présence réduite de certains producteurs. Le Théâtre des Champs-Élysées s’organise alors et prend le relais. Nous sommes ainsi passés de cinquante levers de rideaux sur des productions « maison » à plus de quatre-vingt-dix. Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur des fondations très solides, assurées par la Caisse des Dépôts qui nous garantit des perspectives et avec laquelle nous avons signé une convention pour trois années supplémentaires. La Caisse des Dépôts finance la moitié d’un budget en augmentation. Il nous faut par ailleurs travailler à développer nos ressources propres, pour réaliser nos ambitions plutôt que pour survivre.

Vous signalez dans la brochure de la prochaine saison le renouveau du Théâtre des Champs-Élysées. Qu’est-ce à dire ?

C’est faire évoluer la maison sans la dénaturer, clarifier son identité surtout. Il n’y a pas une décision prise sans y réfléchir. Que ce soit un visuel, un programme de salle, un livre sur les archives, une exposition, un prélude, un concert, tout doit affirmer l’identité de cette maison parce que c’est le seul moyen, de mon point de vue, d’en élargir sa fréquentation. Rappeler qu’il s’agit de la maison de tous les genres de la musique classique, opéra, concert, danse. Nous nous appelons Théâtre des Champs-Élysées mais nous ne sommes ni un théâtre, ni sur les Champs-Élysées…Et c’est Claude Debussy, d’ailleurs, qui me souffle cette idée de maison de musique : « La bonne maison de l’avenue Montaigne, la maison de la musique. »

Ce renouveau concerne-t-il également le bâtiment ?

Aux travaux d’aménagement du hall déjà mentionnés s’est ajoutée la restauration complète de la coupole qui permet d’en améliorer la luminosité. Il y a à nouveau un ciel radieux au-dessus du public. Cet élément renforce également l’identité de cette salle extraordinaire, que je considère comme l’une des plus belles au monde.

Ce renouveau se traduit également dans la programmation, n’est-ce pas ? Je pense à cette place accrue réservée à la danse et ce fil rouge que déroule la musique française…

Oui, bien sûr, la danse constitue un des piliers de cette maison, depuis Le Sacre du printemps en 1913, les Ballets russes puis les Ballets suédois, Isadora Duncan, etc. Nous développons un partenariat avec les Productions Internationales Albert Sarfati qui présenteront la treizième édition des TranscenDanses qui accueillent les plus grandes compagnies et des chorégraphes majeurs tels Alexander Ekman, Mats Ek, Akram Khan, Jiří Kylián…Cette offre permet ainsi de compléter la programmation du Théâtre de la Ville, du Théâtre national de la danse, au palais de Chaillot et de l’Opéra de Paris.

Et la musique française ?

C’est l’ADN de cette maison. On poursuit donc le travail entrepris cette saison ce qui permettra d’entendre quelques raretés comme Roma de Massenet, Roméo et Juliette de Steibelt mais aussi Les Pêcheurs de perles de Bizet dirigés par Marc Minkowski et mis en scène par Pierre-André Weitz ou Orphée de Berlioz d’après Gluck dirigé par Speranza Scappucci et mis en scène par Ted Huffman. Sans oublier les concerts symphoniques…

Ces concerts symphoniques permettent de retrouver les invités habituels du théâtre comme l’Orchestre philharmonique de Vienne, l’Orchestre national de France ou l’Orchestre de chambre de Paris mais aussi de nombreux ensembles spécialisés.

Ces ensembles sont confrontés à une baisse de leurs moyens et des possibilités de diffusion. De moins en moins de salles peuvent les accueillir. C’est donc une responsabilité de les accompagner, en particulier de jeunes ensembles, comme Il Caravaggio de Camille Delaforge qui donnera la Passion selon saint Jean de Bach le 1er avril prochain dans le cadre du festival de musique sacrée et Platée de Rameau la saison prochaine. Je pense également à Artaserse, l’ensemble de Philippe Jarousski, qui après Giulio Cesare de Haendel interprétera Rinaldo en février 2027 dans une mise en scène de Valentina Carrasco.

La musique de chambre et les récitals de piano restent également des axes forts…

Oui et le Théâtre des Champs-Élysées a repris la programmation du dimanche matin, ces concerts à 11 h qui permettent aussi bien d’entendre le Trio Wanderer que des jeunes artistes comme les pianistes Arielle Beck, Sophia Liu et Roman Borisov ou le Quatuor Leonkoro. Il y a toujours un public pour ces concerts d’une heure qui profitent d’une tarification adaptée.

Les années suivantes se poursuivront dans cette même direction ?

Oui, c’est-à-dire la danse, la musique française, l’opéra en concert, un des marqueurs du théâtre (il y en aura vingt-deux), développer le piano et la saison destinée à la jeunesse à savoir un spectacle par mois et l’opéra participatif : après les adaptations de Roméo et Juliette de Gounod cette saison, L’Élixir d’amour de Donizetti la précédente, ce sera La Fille du régiment à nouveau de Donizetti.

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