Sunnyside Records fait renaître les classiques du cinéma, Frémeaux célèbre le maître de l’harmonica, tandis qu’ECM nous invite à un voyage improvisé en terres de liberté.

De L’Atalante aux 400 coups, des Visiteurs du soir à Un homme et une femme, en passant par Jules et Jim et Touchez pas au grisbi, Dominique Cravic, Claire Elzière et leurs complices (c’est-à-dire largement les membres des Primitifs du Futur) nous rappellent les airs et les chansons de classiques du cinéma français. Vingt-deux titres sont ici au rendez-vous.

Évidemment la nostalgie opère, mais davantage encore le plaisir assez délicieux de se remémorer parmi les meilleurs moments musicaux diffusés dans les salles obscures, sorte de dernière séance magique faisant revivre les couplets et les mélodies qui créèrent une bonne partie de la magie cinématographique et de l’enchantement du souvenir. Époque bénie qui renaît à nos oreilles fatiguées par le tumulte du monde. (Dominique Cravic, « Paris Cinéma Chansons ». Sunnyside Records/Socadisc. 52’. CHOC)

Cette année sera celle du 100e anniversaire de la naissance de Toots Thielemans, maître de l’harmonica disparu il y aura bientôt six ans. Le coffret de 4 CD qui est proposé regroupe le contenu des albums parus de 1952 à 1961 de cette légende musicale qui enchanta tant d’albums (dont quelques-uns de George Shearing).

Au-delà de l’impeccable perfection formelle de ses interprétations, on est émerveillé de constater à quel point il a su mettre en évidence les possibilités musicales d’un petit instrument parfois injustement relégué au rang de jouet, d’objet juvénile. Le souffle maîtrisé, la vélocité de l’énonciation, la musicalité constante du phrasé font l’éclatante démonstration du contraire.

Quincy Jones et beaucoup d’autres ne s’y sont pas trompés : Toots Thielemans a offert au jazz un instrument de plus, une véritable voix, originale et souvent savoureuse. Ce coffret providentiel permet enfin de goûter avec délices les mille grâces de son excellence (Toots Thielemans, « The Complete Toots Thielemans 1952-1961 ». 4 CD Frémeaux/Socadisc. 4 h 18. CHOC)

Que ce soit avec son quartet comme ici ou devant un orchestre symphonique, le contrebassiste Avishai Cohen n’a cessé de faire la preuve qu’il n’est pas seulement contrebassiste mais un compositeur et un musicien complet. Dans Naked Truth il est trompettiste. Dans une suite improvisée en huit parties d’une longueur dépassant la demi-heure, il emmène ses camarades dans des contrées musicales inattendues où la poésie la plus brûlante est constamment présente. Manifeste de liberté, le voyage qu’il propose est aussi exigeant que peut l’être le chemin de la liberté lorsqu’elle ne se négocie pas. (Avishai Cohen, « Naked Truth ». ECM/Universal. 36’)