Tannhäuser à Bayreuth

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Published On: 13 septembre 2024|
Temps de lecture : 3 minutes

Le Tannhäuser de Tobias Kratzer s’invite une cinquième année à Bayreuth. Une vraie réussite, hommage à Bayreuth autant qu’à la tradition wagnérienne. À la baguette, Nathalie Stutzmann triomphe.

Tannhäuser Bayreuth 2024 ©Enrico Nawrath

Klaus Florian Vogt en Tannhäuser et Irene Roberts en Venus. Crédit photo : Enrico Nawrath

Cinquième année du Tannhäuser de Tobias Kratzer. De la production initiale, certains détails ont changé, adaptés à la mémoire des spectateurs, qui ont oublié aujourd’hui l’usine de recyclage fermée (allusion à la production précédente) qui fit tant rire à la première. Ces spectateurs saluent aujourd’hui avec des applaudissements émus la photo de Stephen Gould, brutalement disparu en 2023, qui interprétait le rôle-titre les premières années, quand le nain Oskar verse une larme sur elle dans la camionnette Citroën qui est le royaume de Vénus. Mais la globalité demeure, et reste une vraie réussite, hommage à Bayreuth autant qu’à la tradition wagnérienne, osant le détournement intelligent de l’œuvre au grand bonheur du public. On n’y reviendra pas plus ici, sauf pour dire qu’il sera repris en 2026, dernière occasion d’y courir.

Triomphe de Stutzmann

La raison majeure de revoir cette production fêtée, c’est depuis l’an dernier la présence dans l’abîme mystique de Nathalie Stutzmann, qu’on avait découverte dirigeant justement Tannhäuser à Monte-Carlo, en 2017, s’imposant aussitôt comme un authentique chef wagnérien. Bayreuth a confirmé depuis : après Gergiev et Kober, sa battue, sa liberté formelle, son élégance racée, sa nature profondément émue se révèlent idéales. Rarement a-t-on entendu l’Ouverture aussi convaincante grâce à la respiration du tempo (Stutzmann n’est pas pour rien chanteuse). Tout, son, intentions, style, sonne juste. Une fête orchestrale assurément, d’autant que l’électricité passe avec la phalange comme avec le chœur, somptueux comme il se doit.

Côté distribution

Côté distribution, Klaus Florian Vogt, dix-sept ans de Bayreuth déjà, a repris dès l’an dernier le rôle-titre. Il faut accepter sa voix toujours nasale et blanche, ignorant l’idée même de couleur, tout en saluant un instrument qui a pris l’ampleur requise pour les Hymnes à Vénus, pour les ensembles de l’acte II et le Récit de Rome, très réussi.

Elisabeth, c’est désormais Elisabeth Teige, magnifique voix, moins gigantesque que celle de Lise Davidsen, plus féminine, pas moins présente et aussi lyrique et sûre. Et de la flamme. Marcus Eich demeure un Wolfram de belle prestance, Ekaterina Gubanova une Vénus irrésistible, mais Günther Groissböck (Hermann) n’est pas plus en voix que la veille en Marke dans Tristan et Isolde. S’y ajoutent un beau Walther (Siyabonga Maqungo) et le délicieux pâtre de Flurina Stucki.

Adieux du chef de chœur

Cette dernière soirée du festival marquait aussi les adieux d’Eberhard Friedrich, le chef du chœur, en poste depuis 2000, et qui a su conserver sa tradition au niveau d’excellence où l’avaient porté Wilhelm Pitz et Norbert Balatsch. Démission un an plus tôt que prévu, semble-t-il pour protester contre la réduction des effectifs, d’une vingtaine de solistes cette année. Son successeur, Thomas Eitler-de Lint, venu de l’Opéra de Leipzig, a fait savoir que les reconductions seront remplacées désormais par des auditions. Faut-il que tout change aussi à Bayreuth, pour que rien ne change ?

Pour plus d’informations

Bayreuth, Festspielhaus, le 27 août.

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