Stockhausen surprend à Lille

Par |Published On: 20 janvier 2025|

Dans Montag aus Licht donné à l’Opéra de Lille par l’ensemble le Balcon, Stockhausen continue de surprendre par sa réinvention démiurgique de l’opéra.

Montag aus Licht ©Herve Escario

Crédit photo : Hervé Escario

Nouveau volet du Licht présenté par Le Balcon et dirigé par Maxime Pascal, Montag aus Licht (« Lundi de Lumière ») est le jour d’Ève de cet opéra expérimental de presque trente heures découpé en sept jours, composé par Stockhausen entre 1977 et 2003. Dans cette journée qui ouvre la vaste semaine cosmique consacrée la confrontation théosophique du bien et du mal, Michaël, intercesseur de Dieu, et son frère ennemi Lucifer, son négateur, sont absents. Restent Ève et ses avatars, entourés d’enfants dans un rituel annonciateur de tout le cycle. L’Opéra de Lille choisit des extraits des deuxième et troisième actes (soit plus de deux heures) de ce Lundi avant qu’il soit joué dans son intégralité l’automne prochain à la Philharmonie de Paris.

Mise en scène très raffinée

Très esthétisante et raffinée, la mise en scène de Silvia Costa recrée le cérémonial de Stockhausen sur une plage où, en haut d’un phare, trône Muschi, la soprano Pia Davila, réellement enceinte dans cette journée de la procréation. Sous la lune et une étoile fixe, des vidéos anamorphiques constamment changeantes de Nieto accompagnent le rituel de Cœur de basset, Iris Zerdoud au cor de basset, qui interprète Ève consacrant sept enfants représentant les sept jours de la semaine, avant qu’elle ne se démultiplie en trois autres Ève cor de basset. Ave – anagramme d’Ève – la flûtiste Claire Luquiens, déguisée en homme, survient et dialogue avec Cœur de basset dans le moment le plus saisissant de la soirée que Stockhausen écrivit pour les musiciennes Suzanne Stephens et Kathinka Pasveer qui partageaient sa vie et créèrent l’œuvre à la Scala de Milan en mai 1988.

Puis, inspiré de la légende du Joueur de flûte de Hamelin, Ave la flûtiste se transforme en Ravisseur d’enfants, les envoûtant par sa magie initiatrice. Oscillant entre mère et séductrice, « gardienne des forces mystérieuses qui unissent ce qui est séparé », protectrice et corruptrice, Ève apparaît ainsi ici diffractée entre cor de basset et flûte, sensualité et engendrement, tandis que les chants du Jeune Chœur des Hauts-de-France, des Solistes du Trinity Boys Choir et du Chœur de l’Orchestre de Paris, trois synthétiseurs et des percussions, donnent vie à une polyphonie éthérée mais compacte d’une étrangeté absolue que seul Stockhausen pouvait oser.

Pour plus d’informations

Lille, Opéra, le 18 janvier.