La tête et les doigts

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Published On: 1 mai 2026|
Temps de lecture : 3 minutes

Disque après disque, Steven Osborne évolue sur les mêmes cimes. Dans ce nouvel enregistrement, consacré à Schubert, il s’y révèle autant poète qu’architecte.

D’Alkan à Tippett en passant par Britten, Crumb, Kapoustine, Messiaen ou Ravel, avec une prédilection pour Beethoven, Debussy, Prokofiev et Rachmaninov, Steven Osborne signe à chaque disque une réussite artistique dont la persistance donne l’impression qu’il édifie une sorte de bibliothèque musicale de référence. Le pianiste écossais semble aborder Schubert avec prudence puisqu’il s’agit seulement de sa troisième incursion dans ce répertoire après un programme en duo avec Paul Lewis (2010) et un album regroupant les Impromptus D. 935, Klavierstücke D. 946 et Variations D. 576 (2014).

Une interprétation qui interroge

Le résultat est encore une fois impressionnant. Non seulement l’exécution ne souffre d’aucune scorie mais la hauteur de vue de l’interprète, la clarté de son élocution, l’extrême concentration de son jeu évitent toute crispation. À la fois puissantes, volontaristes et d’une autorité rythmique aiguisée, ces lectures peuvent d’abord interroger. Le chant est-il assez soutenu ? La vivacité du trait s’accompagne-t-elle d’assez de liberté ? L’expressivité ménage-t-elle assez d’abandon, de charme viennois ? Il faut dire que le piano de Schubert, longtemps dédaigné, bénéficie aujourd’hui d’une discographie pléthorique initiée par les jalons légendaires que posèrent jadis les Schnabel, Backhaus, Fischer, Nat et autres Gieseking.

Même en ne mentionnant que nos versions préférées (expurgées de celles réalisées sur instruments d’époque), le mélomane a le choix dans la Sonate en la majeur entre Andsnes, Çakmur, Goode, Leonskaja, Perahia, Volodos, Zacharias et Zimerman. Dans les Moments musicaux, entre Curzon, Demus, Guilels ou Pires. Et dans les deux ouvrages, entre Arrau, Brendel, Kempff, Kovacevitch, Laloum, Lupu, Serkin et Uchida !

La quête poétique et le naturel au-delà de la perfection technique

Mais leur confrontation à la nouvelle réalisation ne laisse subsister aucun doute. Non, la perfection d’Osborne n’est pas vaine ; son exigence même confine à une quête poétique. Elle exprime le suc de la musique sans la brouiller de ces idiosyncrasies qui rendent chaque réécoute de moins en moins passionnante chez d’autres interprètes.

Quel naturel ici creuse le sublime Andantino de la Sonate, et avec quelle éloquence pourtant ! En définitive, c’est peut-être la maîtrise de la construction musicale qui se révèle la plus subjugante. Aucune transition ne se retrouve noyée dans le flux sonore ; chacune au contraire paraît tracer un chemin de nécessité. Aucun contraste dynamique n’est ignoré ni surligné mais son levier dramatique n’en impacte pas moins l’audition. Aucune modulation, enfin, ne semble surgir de manière artificielle car elle prolonge organiquement le contexte émotionnel qui la précède (cf. le second thème du Moment musical n° 2).

Parfaitement enregistré sur un Steinway au réglage irréprochable, ce disque constitue un nouveau chef-d’œuvre.

Informations pratiques

  • Compositeur : Franz Schubert (1797-1828)
  • Œuvres : Sonate pour piano D. 959. Moments musicaux D. 780
  • Interprètes : Steven Osborne (piano)
  • Label : Hyperion CDA68437 (1 CD)
  • Date d’enregistrement : 2023
  • Durée : 1 h 08 min

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