Playlist Steve Reich :10 œuvres pour découvrir sa musique

Published On: 2 octobre 2026|
Temps de lecture : 5 minutes

Bien plus que du minimalisme. Des battements de mains de Clapping Music à la transe hypnotique de Music for 18 Musicians et à l’émotion brute de Different Trains, découvrez 10 œuvres clés de Steve Reich. Une immersion fascinante dans l’art de la pulsation et du rythme.

Depuis It’s Gonna Rain, en 1965, qu’il considère comme son « opus 1 », jusqu’à Two Pianos et In All Your Ways créés en août 2026 au Festival international d’Édimbourg, Steve Reich a embrassé de nombreux univers et évolué dans de nombreux styles. Le réduire au seul qualificatif de minimaliste prête alors à discussion.

Pour découvrir cette œuvre protéiforme, nous avons retenu les pièces les plus représentatives, les plus immédiatement communicatives, classées selon la chronologie. Le curieux aura tout le loisir de découvrir des pages plus expérimentales et austères des débuts, comme Come Out (1966) ou Violin Phase (1967), des œuvres plus longues comme son opéra The Cave (1993), ou encore des pièces moins célèbres comme Daniel Variations (2006).

1. Clapping Music (1972)

« J’ai composé Clapping Music parce que j’avais envie de créer une pièce qui ne nécessiterait pas d’autre instrument que le corps humain », confie Reich. Ce sont donc deux paires de mains qui sont à l’ouvrage et, depuis l’unisson initial, peu à peu, se décalent. Elles signent « la fin de l’utilisation progressive de changement de phase dans ma musique ».

  • Version recommandée : Russ Hartenberger, Steve Reich / Nonesuch Records (1987)

2. Music for 18 Musicians : « Pulses » (1976)

C’est l’œuvre (près d’une heure) qui a révélé Steve Reich au grand public. Nouvelle par son instrumentation (violon, violoncelle, deux clarinettes, quatre pianos, trois marimbas, deux xylophones, un métallophone et quatre voix féminines amplifiées par des microphones), elle conserve la puissance de la pulsation et du rythme des œuvres précédentes, mais évolue vers une harmonie (cycle de onze accords) et une structure (quatorze parties) nouvelles.

  • Version recommandée : Steve Reich Ensemble / ECM Records (1976)

3. Tehillim : « Part I (Fast) » (1981)

« Tehillim (1981), pour quatre voix solistes, ensemble instrumental ou orchestral, est non seulement l’une des plus belles réussites de Steve Reich mais également un important jalon dans l’œuvre de son auteur, et ce à divers égards. […] Il fait pour la première fois appel à un texte articulé. Celui-ci, tiré des psaumes (ce que veut dire « Tehillim » en hébreu), imprime sa marque sur la rythmique fluide propre à la pièce, qui découle du texte hébreu. […] Tehillim est l’une de ces compositions charnières qui ont ouvert l’horizon esthétique du langage de Reich : en renonçant au systématisme de la répétition, sa musique sonne de manière plus familière aux oreilles novices ».

Extrait de La Musique minimaliste, Renaud Machart, Actes Sud, 2023.

  • Version recommandée : Ensemble vocal et instrumental, George Manahan (direction) / ECM Records (1981)

4. The Desert Music : « Third Movement (Part III, Slow) » (1984)

La première œuvre pour grand ensemble de Reich et l’une des plus jouées de nos jours. Organisée en cinq mouvements enchaînés et en structure en arche (ABCBA), elle convoque un chœur (poèmes de William Carlos Williams) et un large orchestre symphonique que parcourent « des séries d’accords pulsants, rythmiquement similaires aux pulsations de Music for 18 Musicians, mais dont l’harmonie est plus chromatique et plus « sombre », pour rester fidèle au texte ». On pense souvent à John Adams.

  • Version recommandée : Steve Reich and Musicians, membres du Brooklyn Philharmonic, Michael Tilson Thomas (direction) / Nonesuch Records (1984)

5. Different Trains : « America – Before the War » (1988)

Dialogue entre instruments (un quatuor à cordes) et une bande magnétique. Ces trains sont ceux qu’a empruntés Steve Reich enfant, entre New York et Los Angeles pour rejoindre alternativement ses parents, séparés. Mais aussi ceux, « bien différents », dans lesquels il aurait dû monter « en tant que Juif » s’il avait vécu à cette même époque (entre 1939 et 1942) en Europe. Des entretiens ont été spécifiquement réalisés et enregistrés pour cette œuvre bouleversante. Essentiel.

  • Version recommandée : Quatuor Kronos / Nonesuch Records (1988)

6. City Life : « Check it out » (1995)

Pour évoquer la « Vie urbaine », Steve Reich superpose aux instruments (flûtes, hautbois, clarinettes, quatuor à cordes, pianos, percussions) des enregistrements des bruits de klaxons de voiture, d’alarme, de freins, de sirènes, des apostrophes, des cris de rues…

  • Version recommandée : The Steve Reich Ensemble, Bradley Lubman (direction) / Nonesuch Records (1996)

7. Proverb (1995)

« Proverb [est un] petit chef-d’œuvre ramassé (moins de quinze minutes) dont l’harmonie passe d’un style franchement néomédiéval à des enchaînements de dissonances non résolues à la manière de la musique de style italienne du XVIIe siècle. […] [Cette œuvre] se présente comme une polyphonie douce-amère suspendue au-dessus d’une pédale harmonique qui jamais ne se résout, sauf à la toute fin, sur un accord de deux notes au parfum archaïsant. »

Extrait de La Musique minimaliste, Renaud Machart, Actes Sud, 2023.

  • Version recommandée : The Steve Reich Ensemble, Bradley Lubman (direction) / Nonesuch Records (1996)

8. Double Sextet : « I. Fast » (2008)

Distingué par le prix Pulitzer pour la musique en 2009, ce triptyque (rapide-lent-rapide) d’une vingtaine de minutes réunit, comme son titre l’indique, douze musiciens… ou six musiciens et une bande. De l’énergie à revendre.

  • Version recommandée : Eighth Blackbird / Nonesuch Records (2009)

9. WTC 9/11 : « I. 9/11 » (2011)

Hommage aux victimes de l’attentat du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center, à New York. Comme dans Different Trains, Reich associe un quatuor à cordes à des paroles enregistrées (témoignages, pompiers). Troublant.

  • Version recommandée : Quatuor Kronos / Nonesuch Records (2011)

10. Reich/Richter : « Ending » (2019)

La rencontre de deux géants, Steve Reich et Gerhard Richter. À partir du travail du peintre allemand sur la division répétée d’une image abstraite, Reich a conçu une musique d’une étonnante sensualité, parfois presque statique.

  • Version recommandée : Ensemble Intercontemporain, George Jackson (direction) / Nonesuch Records (2020)

Les citations de Steve Reich sont extraites de Différentes Phases : écrits 1965-2016, édition établie par Paul Hillier, revue et augmentée par Stéphane Roth et Sabrina Valy, traduit de l’anglais par Christophe Jaquet avec la collaboration de Claire Martinet, Paris, Éditions de la Philharmonie, coll. « Écrits de compositeurs », 2016.

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