« Femme-compositrice ». Fréquemment employée, cette double marque du féminin rend compte de la très faible tradition musicologique féminine et du caractère visiblement exceptionnel de sa présence. Mais alors que les conservatoires sont de plus en plus paritaires dans le choix des pièces de leurs concours, qu’en est-il de la programmation nationale ? L’association Elles women composers, qui identifie et diffuse le répertoire des compositrices, a dressé le bilan pour l’année 2022-2023.

Clara Schumann compositrice Elles Women Composers

Avec le soutien du ministère de la Culture et du Centre national de la musique, l’étude s’est penchée sur la programmation de 214 structures (salles de concert, opéras, festivals…). L’objectif : quantifier la représentation des compositrices dans le secteur de la musique dite « savante ». Pour la saison 2022-2023, cette représentation s’élève à 6,4%. Sur les 3 365 programmes observés, seuls 372 incluaient des femmes, en ne leur consacrant en moyenne qu’un tiers du temps de programmation, et 74 structures n’en ont pas programmé du tout.

Parmi les compositrices les plus représentées on retrouve, en tête, Lili Boulanger (53 partitions), Clara Schuman et Mel Bonis (45). Fanny Mendelssohn et Nadia Boulanger complètent le top 5.

Les oubliées des grandes formations

C’est à l’opéra que la représentation des compositrices se fait le plus rare, où elle chute à 4,3%. Des 199 programmes lyriques de l’année passée, seuls 5 incluaient une œuvre de compositrice. 6 des 26 maisons d’opéra étudiées n’ont pas représenté de figure féminine. Des chiffres qui s’expliquent par l’accès difficile aux partitions et leur caractère inédit selon l’étude.
Si on note une représentation homogène des œuvres de compositrices entre les autres types de structures, la musique symphonique ne leur accorde en moyenne que dix-huit minutes sur plus d’une heure de programme, souvent comme ouverture ou complément d’un programme.
Le bilan des festivals français ne rattrape pas les choses : sur les 7 251 œuvres programmées, l’étude dénombre 493 compositions féminines, dont près de la moitié dans des festivals spécialisés.

Compositrices 3 ©SDP

Crédit photo : SDP

C’est à la musique de chambre et vocale que les compositrices doivent leur plus forte diffusion. L’étude recense 453 œuvres de musique de chambre et 355 de musique vocale sur les 951 programmées. À l’époque classique et romantique, les compositrices avaient plus facilement accès aux formations réduites qu’aux grosses formations, ce qui peut en partie expliquer cette répartition de la représentation. Ces pièces demandent également moins de matériel et de temps d’installation.
L’étude a également montré que la musique contemporaine est plus représentée parmi les œuvres de compositrices (33,7%) que parmi l’ensemble des œuvres composées (8,5%).