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Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle nous invitent à un voyage musical, naviguant entre le monde de l’enfance et celui de l’âge adulte.

Complices dans la vie, Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle forment un duo fusionnel dont on a pu apprécier déjà les réalisations discographiques dans des répertoires pour deux pianos sortant des sentiers battus autour de Tsfasman, Bax, Bowen, Bennett, Chaminade, Koechlin, Hahn, pour le label Melodiya. Ce nouveau programme, capté salle Colonne, à Paris, est exclusivement consacré à la musique française pour piano à quatre mains. Il peut paraître plus classique par le choix d’œuvres connues de Bizet, Debussy, Fauré et Ravel ; cependant, le cycle Feuille d’images de Louis Aubert (1930), d’une originalité harmonique prégnante, apporte ici un sang neuf tout à fait saisissant par la qualité de l’inspiration et le raffinement de l’écriture proches de l’imaginaire enfantin (Danse de l’ours en peluche).

Dans les autres partitions, les deux musiciens font constamment preuve d’un sens du partage tant au niveau de l’équilibre des voix que de la perfection de leur jeu. La vivacité de ton et l’espièglerie non dénuée d’humour (Jeux d’enfants de Bizet), la fluidité aérienne (Petite Suite de Debussy), l’homogénéité de timbres, la tendresse poétique et la volupté (Ma Mère l’Oye de Ravel et Dolly de Fauré) témoignent d’une imagination sans cesse en éveil. La liberté et la souplesse dont le duo fait preuve participent d’une expérience vécue et humaine hors de l’association occasionnelle ou purement factuelle de deux solistes de renom.

Dans un programme quasi similaire, Claire Désert et Emmanuel Strosser font également flèche de tout bois sans atteindre le même souffle (Mirare, 2012), et les sœurs Labèque (Philips, 1987) paraissent plus superficielles en dépit de leur engagement. On pourra puiser dans quelques incunables : la gravure à la pointe sèche de Robert et Gaby Casadesus dans Debussy et Ravel (Sony Classical, 1951), ou pour Ma Mère l’Oye, savourer la fantaisie décalée de Samson François et Pierre Barbizet (EMI, 1994), la générosité sonore de Martha Argerich et Nelson Freire (Deutsche Grammophon, 1994) ou Alexander Mogilevsky en public au Festival de Lugano (EMI, 2007), voire la juvénilité radicale de Zoltán Kocsis et Dezsö Ránki (Hungaroton, 1995). Toutefois, l’inventivité qui prévaut tout au long de ce voyage musical à cheval entre le monde des enfants et celui des adultes constitue sans cesse une source d’émerveillement. Ludique à souhait !

Passage Secret

« Passage secret »

Œuvres de Bizet, Debussy, Fauré, Ravel
et Aubert — Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle (piano) — Alpha Classics 1024. 2022. 1 H 13 MIN

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