Satyagraha de Philip Glass à l’Opéra de Nice : Résistance active

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Published On: 4 octobre 2025|
Temps de lecture : 3 minutes

Un pari audacieux pour l’Opéra de Nice

 « Le public est réfractaire à la musique contemporaine », « Les spectateurs ne se déplacent plus que pour les grands titres du répertoire »… Cette doxa du monde lyrique, le directeur de l’Opéra de Nice Bertrand Rossi a décidé de la braver, et le succès de l’entreprise lui donne mille fois raison.

Loin de croire qu’il n’y ait point de salut en dehors de La Traviata, La Bohème et Carmen, l’Opéra de Nice résiste activement et poursuit son exploration de l’œuvre de Philip Glass. Après Akhnaten en 2020 (les forces niçoises seront à la Philharmonie de Paris ce 25 octobre pour le redonner en version de concert), vient logiquement le tour de Satyagraha, dernier volet de la trilogie avec laquelle le compositeur américain fit, à la fin des années 1970, des premiers pas très remarqués dans le monde de l’opéra.

Satyagraha à l’Opéra de Nice – Photo Julien Perrin

Le rituel selon Lucinda Childs et la magie des vidéos d’Étienne Guiol

 Comme pour Akhnaten, c’est à Lucinda Childs, déjà complice de la création mondiale d’Einstein on the Beach en 1976, que la mise en scène a été confiée. Pour ce livret en sanskrit dont les paroles ne reflètent que très indirectement l’action, le spectacle évite presque tout lien direct avec les événements évoqués, sauf dans quelques scènes (Mrs Alexander avec son parapluie, le moment où les disciples de Gandhi brûlent leur permis de séjour).

Le reste de la représentation se déroule plutôt comme une sorte de rituel qui pourrait paraître statique sans les quelques ballets qui le ponctuent, et surtout sans l’éblouissante intervention des vidéos signées d’Étienne Guiol. Projetées sur la scène, mais aussi sur le manteau d’Arlequin, ainsi que sur les différents balcons et même sur le plafond, ces images en mouvement constant, loin de parasiter ce qui se passe sur le plateau, l’enrichissent admirablement sans jamais le contrarier.

Des motifs hindouistes et des textes en hindi s’affichent, la pluie ou la neige tombe, les danseurs évoluent non seulement sur les deux étages du décor de Bruno de Lavenère, mais aussi sur d’autres niveaux horizontaux ou verticaux. Le chœur démultiplié défile comme une vivante procession des Panathénées – ces festivités en l’honneur d’Athéna. Cette impression est renforcée par la blancheur immaculée des costumes et, prise d’un mouvement de rotation, la salle se transforme en gigantesque moulin à prières. Cet aspect « immersif » n’a rien de gratuit, mais correspond tout à fait au bain sonore dans lequel Glass plonge l’auditeur.

La direction impeccable de Léo Warynski et une équipe très investie

Comme en 2020 également, c’est Léo Warynski qui, dans la fosse, dirige avec sa précision coutumière l’Orchestre Philharmonique de Nice ; après Another Look at Harmony en août dernier à Vézelay, le chef de l’ensemble Les Métaboles ne quitte décidément plus Philip Glass, et l’on s’en réjouit. Non-violence oblige, la partition n’a pas les éclats d’Akhnaten mais elle envoûte tout autant, avec ses airs pour Gandhi, ses ensembles et ses grands chœurs.

Satyagraha à l’Opéra de Nice – Photo Julien Perrin

Préparé par Giulio Magnanini, le Chœur de l’Opéra de Nice se montre totalement investi et chante le sanskrit comme s’il le faisait tous les jours. Quant aux solistes, ils se montrent eux aussi à la hauteur d’une tâche ardue, même si l’on pourrait souhaiter parfois un volume sonore un peu plus important ou un timbre plus séduisant.

Les trois solistes féminines ont rarement l’occasion de se faire entendre séparément, sauf Julie Robard-Gendre, déjà Néfertiti dans Akhnaten, et Melody Louledjian dont les aigus dominent presque systématiquement les ensembles. Leurs trois confrères ne déméritent pas non plus, Angel Odena conférant une forte présence à Kallenbach, Frédéric Diquero imposant un Arjuna coloré, et Jean-Luc Ballestra profitant des répliques en solo qui lui sont offerts en plus de sa présence dans les trios, quatuors ou quintettes.

Mais c’est surtout Sahy Ratia qui fascine en Gandhi, au timbre séduisant et au souffle inépuisable, jusque dans le grand monologue finale qui le fait répéter une quarantaine de fois la même phrase mélodique. Le ténor malgache confirme une fois de plus les promesses manifestées depuis quelques années déjà, et l’on guette désormais son Nadir des Pêcheurs de perles de Bizet à Massy (les 7 et 9 novembre) et son Robinson Crusoé de l’opéra homonyme d’Offenbach au Théâtre des Champs-Élysées (du 3 au 14 décembre).

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