Après avoir rendu visite à Hahn, le jeune quatuor constitué de frères et sœurs également doués s’invite chez Saint-Saëns. Fructueuse rencontre !

Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Les 2 Quatuors à cordes
Quatuor Tchalik
Alkonost Classic ALK007. 2021. 56’

Les deux quatuors de Saint-Saëns bénéficient d’une discographie supérieure à leur notoriété. Fort intéressants cependant, ils ont retenu l’attention de plusieurs quatuors de bon niveau (Viotti, Fine Arts, Joachim…) qui n’avaient jamais proposé une interprétation aussi fouillée que celle du Quatuor Tchalik. Ce jeune ensemble, composé de quatre frères et sœurs également doués, qui avait récemment donné de remarquables quatuors de Reynaldo Hahn (Classica n° 229), confère à ces œuvres un dynamisme particulier, une profondeur mais aussi un charme attractif. Le Quatuor n° 1 (1899) est l’une des œuvres les plus abouties et les plus significatives du compositeur, de celles qu’il faut absolument comprendre si l’on veut cerner son projet esthétique : se fonder sur des bases classiques, Beethoven notamment, en les enrichissant d’éléments nouveaux et originaux. En un sens, Saint-Saëns parvient à une heureuse synthèse entre le quatuor brillant de l’école française et la grande tradition austro-allemande, en évitant les complexités parfois un peu byzantines des quatuors des disciples de César Franck ; même dans les passages les plus denses, où l’harmonie est la plus tendue, la lisibilité du discours reste parfaite. Cela réclame de la vigueur, de la netteté, un jeu nerveux, serré, un parfait équilibre et une même virtuosité de tous les membres. Le Quatuor n° 2, plus amène, composé vingt ans plus tard par un vieux Saint-Saëns définitivement devenu un has been pour une part du milieu musical français, est plus ouvertement néoclassique mais sans le moindre esprit de pastiche. Le compositeur n’hésite d’ailleurs pas à transgresser les normes. Il faut, outre les qualités déjà mentionnées, du brio et presque de l’humour à froid. C’est peu dire que les Tchalik possèdent tout cela et signent une interprétation servie par une très belle prise de son, où l’intelligence le dispute au charme.