Un duo de choc pour les 80 ans d’Elisabeth Leonskaja aux Jacobins

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Published On: 15 octobre 2025|
Temps de lecture : 2 minutes

Pavel Kolesnikov et Samson Tsoy

Pour fêter ses 80 ans, Elisabeth Leonskaja a proposé à Catherine d’Argoubet, directrice du festival Piano aux Jacobins, d’inviter le Russe Pavel Kolesnikov et le Kazakh Samson Tsoy. Ces deux trentenaires se connaissent depuis leurs études à Moscou et forment un duo de renom au tempérament bien trempé. Ils prennent ainsi à bras-le-corps Le Sacre du Printemps de Stravinsky qui devient un véritable déferlement sonore.

Les effets de contraste, les feulements harmoniques et toute la richesse rythmique contenus dans « L’Adoration de la terre » et plus encore dans « La Danse sacrale » éclatent dans un maelström sonore dont la progression tellurique envahit tout l’espace du cloître du couvent gothique. À la fois percussive dans l’éclatement des thèmes populaires joués dans le haut du clavier par Samson Tsoy, mais aussi chorégraphique à souhait, la vision proposée atteint parfois l’inouï.

Un Schubert vigoureux après un Stravinsky incandescent

Après l’entracte, l’énergie et la vitalité sont encore au rendez-vous dans le Divertissement à la hongroise de Schubert (1824). On assiste à une fête de rythmes et de timbres avec les trémolos du cymbalum et les syncopes typiques de la musique magyare. L’Andante initial est pris sans ménagement par Pavel Kolesnikov, mais la marche de l’Allegretto final, jubilatoire, transcende le pouvoir de l’imagination.

Dans la bouleversante Fantaisie en fa mineur (1828) de Schubert, la virilité du jeu de deux musiciens au coude-à-coude et au cœur-à-cœur est sans concession, accentuant même à l’envi les dissonances poignantes. Le développement fugué à la savante complexité devient quant à lui d’une clarté évidente jusqu’à la résignation finale.

Moment de grâce

Triomphe public et deux bis de remerciement dans des transcriptions de György Kurtág : la Sonatine en mi bémol majeur d’après la Cantate « Actus Tragicus » BWV 106 du jeune Bach prend, à quatre mains, une profondeur touchante, et la Romance de Rachmaninov est un moment de grâce quand Elisabeth Leonskaja, se joignant à ses deux partenaires, déroule un fil d’Ariane en apnée. Une parenthèse hors du temps à mettre une nouvelle fois au crédit de ce festival sans cesse en quête de renouvellement.

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